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LES AMIS DE GEORGES BARBARIN

 

BULLETINS LES CLES 1967

Retrouvez ici quelques pages extraites des bulletins de

 la première association LES AMIS de Georges BARBARIN

crée juste après sa mort

CHRYSANTHEMES

LA REINCARNATION

LE PROTECTEUR INCONNU

COURRIER LECTEURS 3

PRESSE

DE LA FRATERNITÉ A L'AMOUR

DOCTRINE DU BONHEUR ET DU KARMA

JÉSUS ET LES MAÎTRES

LE KARMA

LES EXPÉRIENCES DU CENTRE

 COURRIER LECTEURS 4

SCIENCE SANS CONSCIENCE

A PROPOS DU COURRIER DE NOS LECTEURS

L'HOMME ET SON OEUVRE

LA SOLITUDE DANS LE MONDE MODERNE

AU GUI L'AN NEUF

CARENCE SPIRITUELLE  DU MONDE

FAIRE LA CRÈCHE

LE MOT DE LA PRÉSIDENTE

SUR LES TRACES DE G.BARBARIN

ORDONNANCEMENT DES CAUSES ET DES EFFETS

 

"Chrysanthèmes"

 

Dans un flamboiement d'or, de rouille et d'incarnat,

De rose panaché, de blancheur presque blême,

Voici les somptueux, les graves chrysanthèmes,

Les voici revenus dans tout leur apparât.

 

Les yeux sont captivés par ces fleurs magnifiques

Qui prédisent pourtant d'hivernales rigueurs ;

Par leur âcre parfum, leur troublante senteur

On se sent attiré par leurs masques tragiques.

 

Les chrysanthèmes sont et lumière et beauté

Leur forme ne craint pas d'autres formes rivales,

Tant il coule de vie en leurs nerveux pétales,

Tant il règne d'émoi dans leur sein tourmenté.

 

Est-ce l'effroi qui tord leurs aigrettes altières ?

Leurs grands ongles crispés sont-ils doux ou haineux ?

On voudrait, pour calmer ces griffons dédaigneux

Caresser de la main leur farouche crinière.

 

Est-ce le souvenir d'un antique séjour

Qui leur donne ces fronts, ces étranges figures ?

Et lorsque tristement pendant leurs chevelures

Ils regrettent peut-être un légendaire amour.

 

Ont-ils de l'Orient le sombre fatalisme ?

Impassibles et fiers, ils gardent leur secret

Ils rendent a l'automne un hommage discret

Et se mêlent sans bruit a son touchant lyrisme.

 

Ne sont-ils pas plutôt le symbole émouvant

D'une grande douleur, exprimée en silence ?

Le geste torturé, la muette éloquence

Le spectacle d'un corps qui souffre en rayonnant ?

 

Aussi j'aime ardemment le vivant chrysanthème

Car il évoque en moi de puissants souvenirs....

Caissel

La  Réincarnation

Barbarin a toujours voulu son oeuvre dégagée de toute philosophie religieuse. Son but était qu'elle apporte a tous ceux qui voudraient s'en imprégner l'aide qu'il désirait pour tous les hommes.

Il craignait, s'il donnait à sa doctrine une apparence religieuse, d'éloigner de lui une part de ceux qu'il aurait pût sans cela toucher et aider.

La doctrine de "l'Ami" peut être acceptée par chacun, elle ne heurte aucune conviction, s'accommode à peu près de toutes les formes de religion et même de l'absence de religion. En effet ne peut-on, si on le veut, assimiler l'Ami a la Vie, cette vie qui anime toute chose, que l'on n'a pu encore reproduire et qui possède en elle toutes les forces qui nous sont nécessaires ? N'est-ce pas elle qui répare les blessures, rétablit la santé, conduit les racines vers l'humidité et le genre de terrain qui permettent à la plante de vivre ? Bref, religieux ou pas, l'homme est susceptible de trouver dans la doctrine de "la Clé" l'aide dont il a besoin pour se diriger et s'accomplir.

Toutefois, si on lit avec attention certains livres de Barbarin, on ne peut ignorer qu'il attache une très grande importance à la doctrine de la Réincarnation et a celle du karma, alors qu'il ne manifeste aucune attirance particulière vis-a-vis d'une religion quelconque. Mais avec la prudence qui était la sienne, le souci de ne pousser aucun lecteur, il ne s'est jamais appesanti sur ce sujet. Puisque nous sommes "entre nous", que nos Amis ont puisé dans les ouvrages de Barbarin assez de maturité spirituelle pour affronter bien des choses dans ce domaine, j'ai pensé qu'il serait bon d'approfondir le sujet. Ce travail n'a pas d'autre but que d'éclairer Sa pensée et de nous rapprocher de Lui.

Qu'est donc le Karma dont il a souvent parlé ? Malgré son nom de consonance étrangère il n'est rien autre chose que la Loi des conséquences. Chaque pensée, chaque acte portent en eux-mêmes une force qui va engendrer d'autres pensées et d'autres actes, en un mot va avoir des conséquences. Vous savez déjà que l'Amour engendre obligatoirement l'Amour, la pensée du succès immanquablement le succès ; si bien que sans le savoir vous vous êtes servi de cette loi du karma pour transformer votre vie. Vous avez suivi le plus court chemin vers ce changement puisque, pour améliorer votre existences vous vous êtes transformés vous-même. Sans doute, cette conception du karma est-elle un peu simpliste et pourrions-nous traiter plus largement le sujet.

 

Il vous est peut-être arrivé de travailler très consciencieusement a promouvoir quelque chose et n'y êtes-vous pas arrivé ; pourtant, jusqu'au jour de votre mort, la force reste active bien que non manifestée. Que va-t-il se produire alors ? Une force ne se transforme que si elle s'applique, sinon elle reste potentielle attendant une occasion de se manifester.

Et comment le pourra-t-elle si tout disparaît de vous-même ? C'est la qu'intervient pour beaucoup de gens (de plus en plus aujourd'hui) la doctrine de la Réincarnation.

 

Mais avant de parler de la Réincarnation, il nous faut continuer a réfléchir sur le karma. Notre Ami nous a enseigné que chaque homme, pour unique qu'il soit, était lié aux autres hommes par le fait du principe qui les anime tous et la solidarité de l'humanité est admise en général. Par conséquent, nous sommes comptables non seulement de nos propres actions mais de celles que nos compatriotes, nos contemporains et tous les hommes ont accompli pendant que nous vivions sur la terre a moins que nous nous en soyons entièrement désolidarisés en paroles et

en actes. Ainsi, a notre karma individuel va s'ajouter un karma collectif qui nous mêlera, bien malgré nous, à des évènements que nous déplorons aujourd'hui mais qui sont la conséquence du passé.

 

Tout cela est lié à une conception vibratoire de l'Univers que la science n'est pas Loin d'accepter. Tous nos actes ne sont pas susceptibles de manifester leur effet pendant une seule vie : c'est pourquoi l'âme doit reprendre un corps pour que se résolvent les vibrations engendrées, qu'elles soient du reste bonnes ou mauvaises.

Il arrive souvent d'entendre dire "pourquoi ceci m'arrive-t-il car je n'ai jamais fait de mal a personne". Sans doute dans cette vie (et encore!) il est bien difficile d'être indemne de tout reproche car il ne faut pas oublier ce que tous nous avons appris : nous ne sommes pas seulement comptables de nos actes, mais également de nos pensées, celles-ci représentant une force non négligeable, nous autres qui avons suivi Barbarin, le savons bien.

Il serait faux de croire qu'une épreuve, un revers, un chagrin nous punissent. Dieu ne punit pas, une telle notion d'un Dieu vengeur étant à la fois fausse et cruelle. Le karma n'est pas punitif, il est le moteur de notre évolution. Il nous trans­forme par l'intermédiaire de l'épreuve et de la souffrance. A cela on objectera : "puisque je ne me souviens pas des fautes que j'ai commises, la souffran­ce ne peut me transformer". Voire ! Si dans votre petite enfance une nourrice ignorante vous a soumis à un régime inadéquat, vous en souviendrez vous ? Pourtant la gastralgie qui en résultera vous obligera à maîtriser votre gourmandise et a rester sobre, n'est-il pas vrai ? Ainsi, un fait ignoré de vous aura des conséquences tout au long de votre vie, vous obligera à des efforts et a des renoncements, donc a des progrès.

La Loi du karma semble bien n'être pas applicable en dehors de l'idée de Réincarnation. Du reste, presque toutes les religions supposent une purifica­tion nécessaire avant que nous entrions dans l'absolu de la Lumière et de la Vérité.

Pour nous, la purification se fait au cours de vies successives et non dans un lieu ou un état particuliers succédant à la mort physique.

Il va de soi que toutes les religions ayant leur origine dans une tradition millénaire ne peuvent être différentes dans leur essence.

Nous voici donc obligés d'affronter un retour dans la vie physique et de rencontrer différentes épreuves qui se reproduiront jusqu'au moment où nous aurons compris la leçon de la vie et où nous nous trouverons dans l'incapacité de refaire les mêmes erreurs. Mais, direz-vous, on n'a nulle preuve de ces vies antérieures, alors comment notre Ami pouvait-il en accepter la réalité ?

Nous espérons cette année faire paraître un manuscrit resté intact dans sa petite maison entourée par le feu et qui a pour titre "J'ai vécu cent vies" et vous y verrez qu'aux Indes, en particulier, beaucoup d'enfants ont le souvenir de leurs vies antérieures et qu'on a pu minutieusement vérifier ce qui était ainsi retrouvé du passé.

Les enfants sont plus proches que les adultes de ces souvenirs et il est certain qu'en Occident nous pourrions trouver des cas semblables. Toutefois, comme nous ne sommes pas sensibilisés a ces questions, on n'écoute pas en général ce que disent les enfants et on perd ainsi bien des occasions de vérifier cette doctrine des vies successives.

Par ailleurs certains êtres sont susceptibles d'entrer en rapport avec les souvenirs latents laissés par les vies antérieures. Il y a un certain nombre de livres qui relatent ces expériences et l'intérêt qu'ils éveillent devient de plus en plus grand. Si nous nous tournons vers le passé, nous voyons que si l'Eglise catholique d'aujourd'hui rejette l'idée de la Réincarnation, certains Pères de l'église l'avaient adoptée, les Cathares l'acceptaient également. Et il y a l'Inde qui a bâti toutes ses religions et ses philosophies sur l'idée du karma et de la réincarnation.

La science d'aujourd'hui, après s'être voulue absolument matérialiste, se voit obligée de remettre en question bien des choses et le psychologue éminent Carl JUNG a écrit “Je prends note avec respect de la profession de foi hindoue", au sujet de la réincarnation, ce qui veut dire que cet éminent savant, s'il ne veut ou ne peut en affirmer l'existence, en accepte pourtant la possibilité, voire même la probabilité.

Que peut donc apporter a l'occidental la doctrine de la réincarnation ? La satisfaction de son sens de la Justice que ne lui apporte aucune religion. Que l'on pense au cas des enfants nés idiots ou infirmes, à celui des chances inégales morales, intellectuelles et matérielles au seuil de la vie, le fait que ces différences ne soient pas dûes au hasard ou au caprice d'un Dieu impitoyable, n'y a-t-il pas déjà de quoi apaiser notre esprit ?

Je puis dire qu'ainsi pensait notre Ami et j'ai conscience de ne pas le trahir, au contraire en vous en faisant part.

 

Andrée NASCHITZ.

 

 

Le Protecteur Inconnu

 

Voilà donc ce livre dont nous vous avions parlé qui n'est pas, je l'espère, le dernier puisque grâce votre concours il nous sera peut-être donné d'en publier d'autres, ceux dont les manuscrits sont restés intacts dans la petite maison sur la colline.

Mais nous tenons avec émotion celui-ci entre nos mains parce que, à mon avis, il est le testament spirituel de notre Ami. Ici, plus de doctrine méta­physique, mais une succession de récits qui sont autant d'affirmations.

Il n'a pas craint, pour être convaincant, de livrer parfois le plus intime de son âme, sa souffrance la plus atroce, celle d'avoir perdu la plus chère partie de sa vie. Il nous fait parcourir avec lui cette occasion une part de son calvaire pour se relever plus sûr de lui-même et de la réalité, de la vérité des idées qu'il a toujours défendues.

Tout au long de cet ouvrage apparaît cette certitude que l'homme n'est pas seul dans ce monde difficile et cela, c'est le cadeau qu'il a voulu faire

ses lecteurs et a ses amis.

Sa fille et moi avons la certitude qu'il sentait venir l'ultime épreuve. Son appétit de travail était immense, sa soif do laisser derrière lui la plus grande quantité possible do sa pensée était manifeste et c'est une grande joie pour moi de vous présenter dans deux numéros successifs les deux volumes que ses éditeurs avaient encore acceptés de sa main.

Qu'est donc ce Protecteur Inconnu ?

Quand vous lirez l'ouvrage, vous retrouverez cet "Ami" que pas a pas il nous a fait découvrir.

Vous verrez comment il a été guidé pendant la première partie de sa vie et préservé afin qu'il puisse arriver a l'aube de sa mission.

Je sais qu'il n'aimait pas ce mot, pas plus que je ne l'aime, mais comment qualifier ces trente années tout entières données au service de l'homme, de l'homme malheureux, ivre de solitude, perdu de doute, se sentant abandonné de Dieu qu'il cherchait sans cesse très loin et qui est si près de lui.

Il a affirmé que cet Ami, tous l'avaient en eux-mêmes. Toutefois, j'ai toujours accusé Barbarin de modestie excessive. Certes, l'Ami est en nous tous, mais ce que nous n'avons pas, c'est l'oreille constamment attentive qui nous ferait le percevoir bien plus souvent.

Notre surdité ne le décourage pas et tout au long de notre vie, il se manifeste "quand même", espérant toujours que nous l'entendrons et que nous le suivrons.

 

Barbarin lui, vivait en communication constante avec lui et si la voix amie ne l'a pas chassé hors de chez lui, c'est, j'en suis certaine, parce que sa mort pouvait témoigner comme l'avait fait sa vie.

 

Andrée NASCHITZ.

 

Nos lecteurs nous écrivent.3

 

de Mr BITCHEFF a St FLORENT EN ARGONNE.

.           Je fis a mon tour la connaissance de cet étonnant personnage de qui je suis devenu aussi maintenant le disciple. Georges Barbarin mérite bien le nom de Magicien qui lui a été donné puisqu'il est susceptible de transformer toute la vie de celui qui veut bien lui prêter quelque attention et lui faire confiance.

Grâce a Barbarin des portes nous sont ouvertes sur le monde spirituel, simplement, dans un langage clair ; il a actualisé les enseignements de Jésus

et les a mis a la portée de tous. Chacun peut continuer de pratiquer la religion qui lui convient car les idées de Barbarin sont des idées universelles mais qui produisent des effets immédiats a tous ceux qui les appliquent : chaque graine semée en produit cent ; à chacun de nous de semer les graines que nous désirons voir fleurir dans notre vie. G. Barbarin nous invite a une communion avec le monde invisible dont nous pouvons tirer les plus grands bénéfices et il nous explique, et c'est la son grand mérite, comment opérer cette communion.

Voilà ce que je tenais à vous dire en vous versant mon abonnement de soutien a cette revue qui mérite d'être connue davantage et qui le sera de manière que le rayonnement du Magicien, du grand Magicien, produise son miracle dans les coeurs douloureux, bouleversés, qui retrouveront ainsi la joie de vivre, le Bonheur, la Sainteté et qui deviendront a leur tour des "Amis de G. Barbarin'.

 

de Monsieur HANRIOT C. FONTOY

 

Chers Amis,

Dans  les Clés n° 4 vous invitez les lecteurs à vous faire part de leurs désirs sur les sujets susceptibles d'être traités dans le Bulletin.

Effectivement, il est un sujet que je serais dési­reux de voir traiter. Il s'agit d'un livre de Mr Barbarin, au caractère très particulier. Je veux parler de l'ouvra­ge s'intitulant "Le Problème de la chair". Certes, c'est un sujet fort délicat, j'en conviens. Mais si Mr Barbarin l'a abordé c'est assurément parce que dans son esprit, ce sujet brûlant, capable de susciter les plus violentes controverses, répondait à une impérieuse

nécessité.

J'ai tenté de faire circuler ce livre autour de moi. Mais je constate que notre époque, soi-disant ouverte et large d'esprit, devient tendancieuse voire sectaire, dès qu'une argumentation d'une bonne foi irréfutable s'avise de dénoncer un conformisme trop bien établi dans les esprits..

           

La Présidente vous répond.

Comme nous ne pouvons mieux dire que Barbarin dans "le problème de la chair", nous voulons seulement répondre à la lettre d'un de nos amis.

Je crois que le problème de la chair n'est pas ignoré de nos contemporains. Ce serait plutôt le contraire. Tout ce qui est sexe, sexy, encombre les pages des journaux, les publicités. Chacun s'explique et veut expliquer aux autres, et peut-être tout le monde passe-t-il a côté du sujet. Le point que je voudrais mettre en évidence et qui, a mon avis, conditionne tout le problème est celui-ci.

La racine de tous nos sentiments, de toutes nos impulsions, est spirituelle, par conséquent nous n'avons rien à détruire en nous. Il nous faut seule­ment remonter a la source afin de les épurer.

L'avarice est, par exemple, un horrible défaut, l'économie devient une qualité et la générosité est une vertu. Tout cela a la même racine. L'avare ne doit pas songer a détruire son avarice qui est pourtant sordide, mais passer à l'économie qui est prévoyance, pour atteindre à la générosité qui est divine insou­ciance des choses matérielles.

La sexualité, même dans son excès, reflète l'inten­se besoin d'unité qui repose au fond des êtres. A travers elle, il faut rejoindre la fusion des coeurs puis celle des esprits et des âmes et enfin atteindre la fusion de l'âme avec Dieu.

Tout cela a la même racine et si les églises refusent la prêtrise aux eunuques c'est bien parce qu'il leur manque la base nécessaire a leur élévation vers Dieu.

Rien n'est a détruire, tout est a transcender. C'est le travail demandé a l'homme : s'élever progres­sivement a travers ses instincts et ses sentiments vers les ultimes vertus qui sont l'expression même de Dieu : l'Amour, la Vérité et la Lumière.

PRESSE

Voici un échantillon de ce qui a été écrit à la suite de la conférence de presse.

 

"Mardi 14 Février a 18 H 00, dans la salle du Pavillon Flottant de la Société Nautique, la Société des Amis de Georges Barbarin a présenté a la presse marseillaise le dernier ouvrage du Maître disparu.

Publié par les Editions ASTRA et intitulé "Le Protecteur Inconnu", ce livre constitue en quelque sorte le testament de Georges Barbarin et la relation en tout cas d'une expérience fascinante.

"Le Protecteur Inconnu" totalement différent des trente sept autres ouvrages spiritualistes de Barbarin, raconte comment - inconsciemment d'abord puis consciem­ment ensuite, l'écrivain a été protégé, dirigé et conduit sur la voie qu'il devait suivre pendant près de quarante années.

Rappelons combien fut singulière l'existence de

G. Barbarin qui, fonctionnaire préfectoral en sa jeunesse devint Conservateur du château de Chinon pour "monter" ensuite à Paris. C'est alors la belle époque, et ce fort bel homme, spirituel, cultivé, doté d'une plume alerte et élégante, ne tarda pas à collaborer aux journaux les plus lus.

Commensal des principales personnalités du temps, il eut l'honneur de voir Madame Colette patronner son roman humoristique "de la Rose à l'Artichaut". Esprit curieux, avide de tout connaître, G. Barbarin s'intéresse à la "T.S.F." naissante, et il fut l'un des premiers "parleurs" dont les parisiens entendirent la voix.

En 1934, revirement soudain ; Barbarin plonge en lui-même et découvre une force qu'il ne soupçonnait pas et qu'il s'efforcera désormais de définir. Peut-être a-t-il goûté sur ses lèvres le goût des cendres qu'y déposait une existence assez futile ?

Dès lors le boulevardier disparaît, pour faire place à un Sage dont la vivacité, les impatiences et le sens inné de l'humour seront domestiqués et finale­ment mis à profit pour la divulgation de son message.

Alors que tant d'autres s'emprisonnèrent dans les Écritures (auxquelles soit dit en passant, l'on fait proclamer à peu près tout ce que l'on veut) Barbarin ne s'oppose ni à la science, ni à la raison, sans heurter pour autant les convictions religieuses de ses lecteurs et bientôt de ses disciples.

S'il s'éloigne des vanités de la ville, il ne s'écarte pas pour autant, du monde et ne substitue pas un Mage farouche. à l'indulgent courriériste de Paris. C'est là, semble-t-il, l'originalité de la démarche Barbarine.

"La Clé" (qui connut les gros tirages et continue d'être régulièrement réédité) ouvrit sa seconde carrière et "Le Protecteur Inconnu" (sans la clore tout à fait puisque plusieurs inédits demeurent), en semble l'abou­tissement mais deux ouvrages - entre autres - constitu­èrent des succès "Le Secret de la grande pyramide" Et surtout "le Livre de la Mort Douce" traduit en six langues.

Napoléon qui disait "quand on veut fortement, constam­ment, on réussit toujours !" faisait du barbarinisme sans le savoir, car la Doctrine du Maître, très simple, affirme que l'homme possède en lui une force qu'extério­rise sa pensée.

Les circonstances singulières de la mort de l'écri­vain et de son épouse vous sont connues, puisque l'incen­die des Maures d'Août 65 les asphyxia sans que le feu n'offense leurs dépouilles, le fléau épargnant intégra­lement deux de trois villas contiguës : celle qu'ils habitaient, celle appartenant à des amis chers, la troisième étant totalement anéantie et les deux construc­tions intactes se dressant au milieu des cendres d'une région rigoureusement dévastée.

Or Barbarin avait dit à ses amis : «moi présent, jamais nos maisons brûleront".

La mémoire du Sage et son oeuvre sont défendues et divulguées par la Société des Amis de G. Barbarin que préside notre amie Andrée Naschitz. Cette association édite un bulletin périodique et donne à Marseille des cours gratuits. Ajoutons que M. Georges ROUX (promoteur immobilier fort en vue à Toulon et en Azurie) qui fut l'ami et, à plusieurs reprises l'Éditeur du disparu, assistait à la conférence de presse en compagnie de sa charmante épouse.

 

De la Fraternité à l'Amour

Le rôle de Jésus - Christ.

 

Lors d'un exposé précédent et nous référant à des citations de G. Barbarin, nous avons cru bon de lever quelque peu le voile sur ce que sera l'Ere du Verseau dans laquelle nous entrons progressivement. Or, après ce petit bilan, ne serait-il pas bon de faire aussi le point de notre position spirituelle, eu égard a la rapide accentuation du progrès matériel de ces dernières années ?

En écrivant en 1954 "Dieu est-il tout puissant" puis "la Réhabilitation de Dieu", Barbarin avait pris conscience du malaise religieux ressenti par l'humanité, "de l'incohérence apparente de l'administration divine dans certains domaines évidents". Il ne s'est attaqué à aucune doctrine, aucune croyance mais constatait que

l'Eglise qui se disait seule détentrice de la Vérité, n'avait pas évolué comme elle se devait de le faire. Lisons plutôt ce qu'il écrivait a ce sujet.

"La vieille bastille catholique romaine résiste éperdument a l'assaut conjugué des nouvelles forces vitales. Elle semble encore momentanément imprenable mais la hauteur de ses murailles fait illusion.

Comme l'autre, elle cèdera d'un seul coup, faute d'avoir compris l'urgence de concessions opportunes et la nécessité pressante d'une adaptation aux temps nouveaux..."

C'est pour cette raison que Barbarin s'est attaché a faire d'un Dieu mythologique un Dieu réel a qui tout être peut s'adresser, en un mot il en a fait l'Ami intime, de chacun. En réhabilitant Dieu il ne pouvait faire autrement que d'expliquer le mythe de Jésus-Christ pour le rendre plus compréhensible. En effet, si Dieu est éternel, le Christ est apparu, lui, il n'y a que 2000 ans au début de l'Ére des Poissons. Il nous est donc permis de nous demander a la suite de Barbarin, pourquoi l'influence de ce personnage se fait encore autant sentir, sinon plus qu'il y a deux millénaires. Voyons comment notre ami a campé cette figure du Christ.

"Avec Jésus un dieu nouveau est né, dieu personnel mais bon, dieu supérieur a la mesure des premiers évangélistes et dont la divinité personnelle est attestée par un rite et des sacrifices non sanglants. Mais en même temps et avec lui, un dieu impersonnel s'est incarné, le Christ, qui est un des plus grands dieux du monde, sorte de raison sociale, avons-nous dit d'autre part, qui englobe non seulement Jésus mais tous les confesseurs martyrs, saints, êtres bons et purs qui l'ont suivi. C'est cette imperson­nalité du Christ qui le met au rang des Puissances les plus hautes, bien loin au-dessus des mesquins et étroits interprétateurs de Sa Loi d'Amour".

Que pouvons-nous en déduire a notre tour ? Nous cernerons le plus possible ce problème afin de ne pas le voir dépasser le cadre qui, lui est imparti. Le premier point sur lequel il faut insister est celui de la dualité nominale : Jésus - Christ. Il y a là en effet deux notions distinctes, celle de Jésus, l'homme et celle du Christ, la force divine incarnée.

D'abord, l'homme. Nous sortirons du silence des écritures et dirons qu'après une naissance dans une fa­mille pure lui donnant un corps sain, Jésus va voyager afin de s'initier a toutes les croyances existantes. C'est ainsi qu'on retrouve sa trace dans les monastères du Thibet et certainement même a-t-il été en contact avec les druides gaulois dont il a gardé la méthode d'enseignement oral et allégorique. C'est donc a une préparation a laquelle Jésus s'est livré pour devenir un Initié qui, conscient de la mission qui l'attend, sera pénétré lors du baptême du Jourdain par la force divine, par le Christ. Cette force divine allait lui permettre, grâce a sa préparation, d'accomplir ce pourquoi il était venu en ce début d'Ere des Poissons. Sa mission fût d'éveiller les âmes à la. Fraternité et, par son exemple, vivre personnellement la Loi d'Amour jusqu'au sacrifice.

Il est souvent objecté que Jésus a douté de lui-même lorsque sur la croix il prononça ces paroles : "Père, pourquoi m'avez-vous abandonné" ? Ce n'est pas un doute que Jésus a émis, mais bien La constatation que le Christ, la force divine, venait de le quitter de la même façon qu'elle s'était incorporée à lui.

Si l'Eglise a accaparé le personnage de Jésus-Christ, on constate a l'heure actuelle que de nombreux mouvements ont dissocié cette dualité et ne conservent que le Christ en laissant de côté Jésus. Nous ne croyons pas que ce soit un bien, car outrepassant le mythe du "Dieu fait Homme", nous devons honorer a la fois et l'homme et la force divine. Pouvons nous concevoir que le Christ aurait pu s'incarner sans la naissance de Jésus ou que ce dernier fut plus que vous ou moi ne sommes sans avoir été pénétré par le Christ ? Non, et c'est là que nous apparaît la mission même du Christ.

Son enseignement fut l'antithèse de la loi du Talion. Il est venu pour amener les hommes a la Frater­nité, à ce sentiment de similitude qui permet de penser que les joies et les peines de l'un peuvent bien être celles de l'autre le lendemain. C'est ce dont nous nous apercevons actuellement. Il est visible que ce sentiment de Fraternité se dessine avec plus d'acuité dans l'humanité d'aujourd'hui après bien des luttes. Les graines semées il y a 2000 ans commencent a germer.

Pourtant dirons-nous, nous sommes encore loin de l'Amour dont la Fraternité n'est qu'un prémisse. C'est parce que la Loi d'Amour verra son apogée au cours de l'Ere du Verseau. Les moments critiques et troublés que nous vivons sont les signes avant-coureurs d'une transformation. Cette période laisse croire que l'humanité est à un des tournants de son existence. Certains attendent même une nouvelle incarnation du Christ, se basant sur le fait que c'est au cours de graves dangers que Dieu permet à une partie de sa force de s'incarner.

Mais si le Christ revenait parmi nous, combien le reconnaîtraient ? Il semble que les hommes ne soient pas prêts a accueillir la Vérité de la bouche d'un seul être, fut-il même divin. C'est pourquoi nous pensons que la période actuelle n'est pas propice à une incarnation divine dans un seul homme qui serait de nouveau l'objet de la risée populaire ou d'accaparement religieux.

Il semble plus probable que cette force divine est captée par un petit nombre d'êtres, parmi lesquels nous plaçons Barbarin et qui sont susceptibles de recevoir une petite part de la Vérité et de la répandre autour d'eux, de la mettre à la portée des hommes dans l'épo­que où ils se trouvent et avec la mentalité qu'ils ont.

Ceci nous conduit tout naturellement a une analyse sommaire du "Christianisme de demain" comme le fit Barbarin.

"Cette rénovation fera table rase des broussailles liturgiques et de tout un dogme exténué. L'Evangile d'Amour sera prêché par l'exemple. L'enseignement du Christ n'est pas à commenter mais à vivre dans la vie de tous les jours. La révolution chrétienne entraînera dans son flot tout l'arsenal de dulie et latrie et même toute la christologie avec ses interprétations de Jésus. Par suite disparaîtront les notions de Dieu omnipotent, colère et vengeur. A la Déité autoritaire succèdera la Déité libérale que la limitation de sa puissance rend apte à tout comprendre et donc à tout excuser...."

Nous trouvons là en point de mire le but qui nous est assigné : faire la jonction entre la Fraternité et l'Amour. L'oeuvre du Christ doit se répercuter a notre échelon. Il s'agit en fait de transformer l'ambiance qui nous entoure, de créer de nouvelles vibrations capables d'engendrer des conditions favorables a la transformation des doctrines spirituelles existantes. Rien ne sert de se heurter aux religions, aux dogmes, mais il faut les dépasser comme l'a fait Barbarin pour nous permettre d'aider les autres à franchir ce pas. La parole n'est rien si l'acte ne suit pas et pour agir il n'y a que l'exemple. Semons les graines de l'Amour afin que la moisson soit bonne et que Dieu soit content de ses ouvriers.

 

 

L. ROYERE

 

 

La Doctrine du Bonheur et le Karma

 

Certains d'entre vous m'ont écrit à la suite de mon article sur la Réincarnation leur plaisir de voir préci­ser ainsi la pensée de Barbarin sur ce sujet qui semble tenir à coeur de plusieurs de nos abonnés.

L'un d'entre eux me dit même avoir cherché dans les livres de notre Ami quelle était véritablement sa position dans ce domaine.

Je dois faire remarquer que Barbarin était convaincu de posséder une vérité susceptible d'apporter aux hommes le bonheur auquel ils peuvent accéder au cours de leur vie terrestre. Pour toucher le plus grand nombre, il lui a semblé utile d'éviter tout ce qui pouvait heurter ses lecteurs dans leurs convictions religieuses et philosophiques et voila pourquoi vous trouvez dans ses ouvrages quelques allusions a la Réincarnation et au Karma, mais pas de prise de position absolue.

Du reste, le plus grand psychologue européen : Carl JUNG a laissé lui aussi dans l'ombre ses convictions a ce sujet et elles n'ont été divulguées qu'après sa mort dans la "Revue Planète" entre autres. C'est parce que je pense que Barbarin aurait voulu qu'il en fut ainsi pour lui que j'ai écrit cet article.

Je m'occupe de ces questions depuis des années et l'amitié qui m'unissait a Barbarin reposait sur une quasi identité de nos convictions. Vous pourrez donc m'écrire quand vous le désirerez si vous voulez obtenir des éclaircissements sur certains points.

La question suivante m'a été posée à la fin d'un cours fait dernièrement : "Comment peut-on concilier la pensée de Barbarin avec la doctrine du Karma, elle-même liée a la Réincarnation et que beaucoup d'entre vous connaissent ?"

Disons d'abord en quelques mots ce qu'est le Karma afin d'éclaircir le sujet.

Chaque acte, chaque pensée bons ou mauvais, ont des conséquences bonnes ou mauvaises qu'il nous faut un jour ou l'autre affronter. Si nous pensons comme trop de gens que le Karma est inéluctablement punitif, que Dieu se venge des erreurs des hommes en leur envoyant des chagrins et des épreuves qu'ils ne peuvent éluder, alors il est vrai que la doctrine de Barbarin peut être remise en question.

Mais il n'en est pas du tout ainsi. La bonté de Dieu, son amour excluent l'idée de vengeance et c'est celle de transformation qu'il nous faut envisager.

La Loi d'évolution exige que les erreurs que nous commettons soient redressées et que nous soyons mis dans l'impossibilité d'y retomber. Comme nous avons

généralement la tête trop dure pour qu'il en soit autre­ment, notre transformation se trouve assurée par la rencontre douloureuse avec les conséquences de nos actes et de nos pensées erronnés.

Mais si grâce à une doctrine qui bouleverse de fond en comble notre façon de penser et de vivre nous faisons de nous même, par notre volonté propre, la transformation nécessaire, notre karma n'a plus à jouer et nous avons rééquilibré notre destin.

Voilà pourquoi la doctrine de notre Ami peut être appelée la "Doctrine du Bonheur". Grâce à elle nous suivons la voie que Dieu a tracée aux hommes. Nous nous libérons peu a peu des astreintes du karma, en un mot nous devenons des hommes libres de leur destin.

Le sujet bien entendu a été traité très succinte­ment et je suis prête si certains d'entre vous le demandent de reprendre La question du Karma et de la réincarnation.

 

Andrée NASCHITZ

 

Jésus et les Maîtres

 

Nous avons essayé dans le précédent numéro, comme vous le voyez faire à Barbarin dans "Dieu mon copain" qui ramène le personnage divin à la portée de tout être quel. qu'il soit, de rendre celui du Christ plus compréhensible en dissociant la dualité de cette Entité.

Bien qu'aucune réaction de votre part ne soit venue nous dire si ce sujet vous avait plu ou déplu, certains d'entre vous sont peut-être restés sur leur faim. En effet si le Christ cosmique, la force divine incarnée, a rejoint le Cosmos, sa patrie d'origine, qu'est devenu l'homme Jésus, le Maître Jésus comme certains l'appellent, puisqu'il est ressuscité ?

Voilà une question à laquelle nous allons nous efforcer de répondre brièvement car elle mérite malgré tout une certaine attention. Nous avions comblé partiel­lement le trou laissé par les écritures en acceptant comme réel le fait que pendant sa jeunesse Jésus avait beaucoup voyagé et reçu de nombreuses initiations qui lui permirent d'acquérir certains pouvoirs dont il usa pendant sa vie.

Mais où reçut-il ces initiations ? Peut-être son passage aux Indes vous fait penser à quelque chose, si nous n'oublions pas que ce pays est le berceau de toutes les religions. Nous croyons donc que Jésus a été en contact avec les Maîtres qui dirigent l'humanité, avec ces Entités que seuls ceux qui ont un grand rôle à jouer peuvent entrer en contact, et qu'il avait reçu la mission de servir de support au Christ cosmique.

Je pense que le mot d'Agartha doit vous être fami­lier car il désigne le Centre spirituel de notre planète où se trouvent les Maîtres qui nous dirigent et dont nous dépendons en tant que Terriens.

Pourquoi ces Entités ne sont-elles pas visibles à tous dans leur retraite actuelle ? Il est bien évident que leur valeur spirituelle est immense, comparée à la nôtre. Ces êtres, qui ne sont autres que des anciens hu­mains ayant longtemps vécu sur la terre, se sont arrachés à une forme de manifestation matérielle dans le but de vivre uniquement dans leur corps astral, leur permettant toutefois de vivre sur la terre, de s'exprimer dans notre langage, de se manifester sous une forme durable en tant qu'entité matérielle, (et non d'un fantôme) là où cela est nécessaire et au moment choisi.

Jésus n'appartenait pas encore à ce Centre, mais il a été attiré vers lui afin de se voir confier la mission de servir de support à l'incarnation du Christ cosmique sur la Terre afin que l'homme puisse trouver une possibilité de libération qui n'existait pas avant. Au lieu que l'âme humaine soit condamnée à un retour perpétuel dans la matière, elle trouva, grâce au Christ, la possibilité de se libérer, de s'arracher à ces retours cycliques terrestres, à vivre dans l'Invisible et continuer son travail spirituel.

Il ne vous échappera que la "résurrection de Jésus, ou tout au moins la disparition de son corps matériel, tout en donnant la preuve flagrante de la survie de l'âme après la mort, n'est pas un phénomène unique en son genre. Il y a d'autres corps de "Sages" que l'on 'n'a pas retrouvé, ne serait-ce que celui d'Appolonius

de Tyane qui disparut un beau jour et dont on n'a jamais retrouvé la trace.

Puisque nous faisons ce rapprochement, nous dirons aussi que, comme Jésus, Appolonius a connu l'Agartha pendant sa vie et que les Maîtres lui avaient confié, à lui aussi, une mission qui nous le fait considérer comme un précurseur du Christ. Cette mission, qui fut longtemps éclipsée par celle du Christ, était de par sa forme différente de celle de Jésus mais non inférieure. Alors, de là à dire que le Bouddha, Pythagore et certains des premiers martyrs chrétiens aient appartenu à ce centre spirituel et y sont revenus après leur mort physique pour poursuivre leur enseignement, il n'y a pas loin.

Vous pourrez me demander ce que font ces êtres dans ce Centre. Cela s'explique, comme s'explique la venue d'un Bouddha ou d'un Jésus à des époques bien déterminées. Ces êtres participent de l'humanité en

lui apportant une grande part de sagesse, en lui ouvrant de nouveaux horizons telle la libération de l'âme d'un cycle de réincarnations successives. L'Agartha est un centre de pensée, mais aussi de forces car ces Maîtres qui veillent sur notre destinée et qui relèvent direc­tement du divin, émettent une force qui permet à l'hu­manité de suivre son chemin sans trop de catastrophes. Que ferions-nous si nous n'avions pas de tels guides, livrés à nous-mêmes ?

Pourtant, ces êtres ne restent pas indéfiniment à l'Agartha. Ils y demeurent un temps, préparant d'autres évolutions à l'humanité, puis s'en vont ne conservant ainsi que leur corps spirituel pour aider d'autres planètes et, pourquoi pas, d'autres systèmes solaires.

Ce que j'ai voulu essayer de faire dans ce propos, c'est de montrer que le Maître Jésus était toujours vivant et participe encore activement à notre vie quo­tidienne. Il va sans dire que l'enseignement donné il y

a 2000 ans aurait perdu sa force, si le sacrifice consen­ti par l'homme Jésus ne lui avait pas permis de conquérir la possibilité d'échapper à la contrainte de naître et mourir de nouveau.

Ainsi il continue à aider les hommes sans que ceux-ci en soient bien souvent conscients, et c'est pourquoi j'ai dit précédemment qu'il n'était pas bon de dissocier dans la prière Jésus du Christ car il relève de Dieu et nous permet de l'aborder plus facilement. C'est un des Maîtres que nous connaissons le plus et sur l'enseigne­ment duquel s'est fondée une religion, comme le Bouddhisme dérive du Bouddha.

Ces religions sont identiques, fraternelles même puisqu'elles se basent sur des Maîtres qui, dans un certain endroit, se voient, se parlent et se donnent la main comme nous devrions tous le faire...

 

 

L. ROYERE

 

Le Karma

 

Mon petit entretien sur le karma a suscité bien des réactions et, de plusieurs côtés, la demande de m'étendre sur le sujet. Certains d'entre vous s'insur­gent contre mon affirmation suivant laquelle le karma n'est pas punitif mais transformateur. Beaucoup d'entre vous semblent tenir à cette image d'un Dieu occupé à régler ses comptes avec les hommes.

L'idée exprimée ainsi vous choque, bien entendu, mais si vous allez au fond des choses, c'est bien d'un règlement de comptes qu'il s'agit : "ayant donné une gifle à Paul, il faudra bien un jour que Paul te donne une gifle". On pourrait presque qualifier d'enfantine une telle conception. Il s'agit seulement de constater "qu'en retour de la gifle que tu as donnée, tu dois en recevoir une". On pourrait presque conclure "çà t'apprendra".

La constatation est simpliste. Elle favorise notre paresse et nous permet dans le présent d'avoir bonne conscience. Le raisonnement à tenir est celui-ci : "J'ai battu Paul, on, ne peut dire que ce soit un acte à glorifier, mais pourquoi ais-je battu Paul ?" De la réponse va sortir une cascade de conséquences. Tout d'abord "j'ai agi avec violence. La violence est-elle quelque chose de louable ? Non, n'est-ce pas ? Le contraire de la violence, c'est la maîtrise ; donc, pour éviter le retour d'un semblable geste, je dois conquérir cette maîtrise".

 

Si cela s'arrêtait là, tout serait simple, mais nous ne faisons que commencer. Pour se mettre en colère au point de lever la main sur son prochain, il faut un motif. Là, je ne puis guère continuer l'examen du cas, les motifs sont nombreux. Bien sûr, vous me direz sans doute "Paul n'a pas volé sa gifle". En apparence, il en est peut-être ainsi, mais n'oublions pas que le comportement d'autrui n'est pas ce qui finalement nous intéresse. Ce qui nous intéresse, c'est le nôtre et les conséquences qu'il peut receler pour nous-mêmes.

Il est bien possible que nous supportions non seulement les conséquences de la colère elle-même, mais celles des causes plus profondes qui l'ont provoquée, jusqu'au jour où, par la rencontre d'épreuves appropriées nous aurons conquis la maîtrise sur nous-mêmes et liquidé le défaut qui a suscité la colère, orgueil ou peur en général.

Un de nos lecteurs me parle à nouveau de la mort de Barbarin comme d'un karma très lourd. La Mort fait-elle partie du karma, voilà encore un sujet à élucider.

La Vie, puisqu'on ne peut parler de la mort sans parler de la vie, est une manifestation de la vie divine. Toute manifestation étant un effet, et non une cause, est périssable. Votre vie anime la matière, celle-ci a un cycle qu'elle ne peut dépasser. Le corps, comme un moteur, s'use, se dégrade un peu plus tôt, un peu plus tard, puis après une sorte de désagrégation, disparaît. C'est la Loi, nul n'y échappe. Pour les uns, c'est le coeur qui refuse de continuer à jouer son rôle, pour les autres c'est le système digestif qui est défaillant, pour d'autres les os se désagrègent et refusent de supporter normalement le poids qu'ils ont supporté jusqu'ici. Si le coeur défaille, c'est aux sources qu'est frappée la mécanique, si c'est le système digestif c'est l'alimentation du moteur qui se fait mal et si ce sont les os c'est la carrosserie qui a été souvent cabossée et qui n'en peut plus. S'il s'agit d'organes des sens, c'est un retrait de la vie vers l'intérieur. Les fenêtres sur le monde visible se ferment pour que d'autres sur le monde invisible s'ouvrent. Tout ceci est du karma ? Non.

C'est le processus normal de l'existence qui fait se succéder deux formes de vie : l'une visible, l'autre invisible. Par conséquent lorsque Barbarin perdit sa femme, était-ce du karma ? Non. C'était un évènement douloureux mais naturel. Si nous parlons de sa mort, le mot "karma" me semble encore moins approprié.

Jusqu'à 83 ans il a échappé en grande partie à la désagrégation de l'âge ; il est mort en pleine possession de ses facultés et avec le minimum de souffrance. Je suis tentée de penser qu'ayant épuisé une part de son karma, une mort miséricordieuse et sans déchéance lui a été réservée.

Il semble que certains de nos lecteurs considèrent la vie physique comme une fin, alors qu'elle n'est qu'un épisode d'une très longue histoire.

Mais là ne s'arrête pas la question.

Le Karma est une loi première ; elle fait partie de Dieu comme en font partie l'Amour, la Lumière et la Vérité. Elle est une loi d'équilibre qui ne peut être violée. Dieu lui-même le voudrait-il qu'Il ne pourrait la changer faute de s'exposer à remettre en question tout l'équilibre de l'Univers.

Il va donc sans dire que prier pour détourner son karma est absolument vain. On doit prier pour faire volontairement le travail imposé par le karma, pour comprendre la Loi, pour se transformer conformément à l'évolution. Le but étant atteint, il n'y a plus de karma.

Mais la question ainsi traitée ne nous satisfait pas encore. Le karma ne s'adresse pas seulement aux individus. Il y a des actes collectifs propres à des races, à des pays voir même à des familles. Ces actes sont eux aussi liés au karma et en dehors de notre karma propre, nous devons aussi subir le karma collectif. Dans le monde d'aujourd'hui il est facile de voir la trace du karma de certains pays, s'étant par la violence, appropriés les biens d'autres peuples et je pourrais citer bien des exemples.

Les maladies héréditaires ne sont-elles pas la manifestation du karma des familles ? Les aptitudes particulières liées à certaines familles en sont aussi une manifestation.

Vous voyez donc que la question est moins simple qu'on le pense et que d'individuel le karma doit être conçu comme planétaire voire même comme cosmique.

Nous sommes prêts à répondre par la voie du journal aux questions que vous voudrez bien nous poser sur ce sujet.

 

 

Les expériences de notre centre "actif".

 

 

Ainsi que vous le savez, je fais à Marseille des cours sur "la doctrine du bonheur" et j'ai demandé à ceux qui l'ont expérimentée de nous communiquer les résultats positifs ou négatifs de l'expérience. Dans les deux cas ces témoignages peuvent être instructifs.

 

Voilà le premier cas qui nous a été soumis.

Une dame que personne d'entre nous ne connaissait, est venue au cours le jour où j'expliquais que dans tous

les cas de conflits familiaux ou autres, c'était toujours la personne qui savait qui devait faire l'effort néces­saire au rétablissement de la bonne harmonie. Cette personne se trouvait, par suite de circonstances qu'elle a expliquées, en froid sensible avec son fils, sa belle fille et la famille de celle-ci pour la raison, qu'acca­blée de soucis, elle n'avait pas assisté au mariage de son fils. La promesse même de la naissance d'un bébé lui avait été très froidement communiquée.

Rentrant de la conférence et fortement frappée par ce principe de base de notre doctrine "celui qui sait doit... etc", elle s'est brusquement demandé "que dois-je faire pour rétablir l'harmonie entre nous tous ?"

Elle était bien embarrassée car, en somme, elle ne voyait pas en quoi elle avait eu tort. Elle a pourtant imaginé d'aller trouver la belle mère de son fils à la fois pour lui expliquer son attitude et aussi pour s'excuser si cela lui paraissait nécessaire. Elle s'est donc mise en route sans savoir vraiment ce qu'elle dirait ni comment elle serait reçue et elle priait le long de la route pour que l'Ami l'inspire. Elle a abordé son interlocutrice en lui disant :

" un bébé va naître, les deux grands-mères ne peuvent être fâchées et je voudrais vous expliquer mon attitude lors du mariage de nos enfants".

Or, depuis, tout s'est arrangé, la concorde règne dans la famille et non seulement cette querelle a été apaisée mais d'autres difficultés se sont trouvées réso­lues du fait de cet effort accompli par une âme de bonne volonté.

 

 

Nos lecteurs nous écrivent 4

 

­de Monsieur M.C.

 

.. A plusieurs reprises, au long des années - un quart de siècle - nous avons écrit à G. Barbarin. Toujours il nous a répondu aimablement, sa dernière lettre nous signalait qu'il devait aller à Nantes pour y subir l'opération de la cataracte.

Dans une de ses réponses à nos envois, réactions d'un lecteur intéressé à son auteur, il espérait trouver récompense après sa mort, l'audience trouvée auprès du public ne répondant pas à la valeur profonde du message qu'il lui adressait.

Eh bien, oui, l'avenir portera témoignage qu'il se préoccupait de ce qui était essentiel pour notre siècle. Le monde va se faire toujours plus intérieur. Il est déjà engagé dans cette voie qui ne saurait être affaire révolutionnaire mais mouvement lent, souple, patient, irrésistible, le côté invisible représentant

la partie la plus sensible, la plus faible de la réalité et qui, pour cela, doit jouer avec une science, un art, une sagesse qui lui permettent d'affronter heureusement toutes les situations, même les plus sataniques.

Plus attentifs à ce qui se passe en nous, même inspirés quant à nos intérêts d'ordre éternel et univer­sel, nous aurions tôt fait de nous rendre compte que, tournés vers le monde extérieur et donnant pleine satis­faction à notre monde intérieur : se préoccuper alors de servir avec tout son coeur, toute son intelligence, s'opère en nous comme une dilatation, un épanouissement de notre être, une joie intérieure. Par contre, contra­riant le vœu profond de notre nature, notre raison d'être, d'être en harmonie universelle, nous ressentons un malaise interne, ce remords de conscience si généra­lisé en ce siècle puisque psychiatres et assimilés, tous ceux qui ont affaire avec le côté invisible de la réalité, signalent l'inquiétude, voire l'angoisse qui étreint âmes et esprits.

Nous n'avons jamais été en contact direct avec G. Barbarin. Pourtant, nous avons eu, un jour, la grande satisfaction de connaître Mr G. Roux qui s'occupait de l'édition de certaines des oeuvres et était de passage en Touraine.

Ce qui nous attirait dans cette expérience si bien humaine d'un homme à cheval sur le 19° siècle dont le dernier tiers fut pacifique et romantique, et le 20° siècle éprouvant en diable pour les sensibilités humaines, expérience. de forts contrastes, c'est un peu le parallé­lisme de notre propre expérience. plus tardivement, en 1894, blessé en 1916 dans l'enfer de Verdun, griève­ment en Avril 1918, expérience du monde de l'adminis­tration : ministère du Travail, quitté délibérément en 1938 à 43 ans pour vivre avec les nôtres, ma femme, deux jeunes enfants, filles, au contact serré de la terre, de la nature et ce dans cette région aux confins de la Touraine et de l'Anjou à 20 kms de Chinon, histo­rique pour la France, historique pour G. Barbarin.

Ce qui se retient dans cette double expérience d'un aîné et d'un cadet, c'est le besoin de sagesse, le goût de l'effort sur soi si capital dans l'affaire de vie. C'est cette inspiration qui vient guider le mouvement de soi et éviter .le pire dans un monde qui sait asséner des coups mortels aux générations présentes.

Expérience parallèle, avons-nous signalé. Riche d'une pensée qui a été tout au fond des choses et fait le tour des choses. Ce n'est pas nous qui l'avons voulu délibérément : l'hérédité, la blessure, la nature encline à la sagesse - c'est important - ce siècle qui fait poser des questions de fond. Nous avons tenté auprès de différentes personnalités de faire entendre un ordre de pensée à la totale mesure humaine et pour cela ample, profond. Nous sentons comme une résistance des gens en place, leur formation, leur manque de sagesse à la mesure de la haute position humaine, tant de préjugés, l'éloignement et le peu d'intérêt pour ce qui est essentiel, le contact avec la nature animale, végétale. Alors, attirer l'attention sur le côté inté­rieur, invisible, commande la patience, la compréhension; un travail intérieur s'opère au profond des natures, nous en avons déjà un témoignage visible avec les femmes, si intérieures, si effacées au long des siècles et qui s'affirment de plus en plus ainsi que les popula­tions, Afrique, Orient, relativement passives dans le passé.

Or, un travail comme celui de Barbarin et d'autres bien inspirés n'a pas été sans retentir sur le niveau de l'invisible, il y a là une préparation qui porte et portera toujours plus de fruits. Ainsi, qu'on ait pris en main (des femmes, retenons-le) le message si substantiel et essentiel de Barbarin pour le maintenir bien activement vivant dans l'humanité présente, assure que "Le Protecteur Inconnu" poursuit son action qui est de dessiller les yeux d'un monde qui ne sait appréhender que le côté grossier, quantitatif de la réalité.

L'an passé, Mr G. Nizet, directeur de la "Nouvelle Hygiène" s’en prenait à ceux qui savent et ne prennent pas part - semble-t-il (oh les apparences) au dur, incessant combat qu'il convient de livrer pour mettre plus de vérité dans l'esprit public. Senti concerné, nous avons réagi faisant observer que s'il y a l'avant où se déroule spectaculairement, bruyamment l'action, il y a l'arrière qui, lui, fait effet sur l'invisible. Combien soutenons-nous par un abonnement désintéressé ceux qui travaillent pour le bien général ?

Et puis, il y a l'exemple personnel qui ne se dément jamais, les émissions de pensée d'harmonie expressives du vœu profond, éternel de la Vie. Enfin et surtout le travail de la terre.

En Juin 1938 sentant venir la guerre et las de la ville bruyante et remuante, nous avions pris possession de ce coin de terre de Touraine assez abandonné. Défri­cher, planter des centaines d'arbre, organiser avec intelligence, cultiver avec amour et cette terre, transformée, s'est mise à vibrer avec tout l'amour, toute l'intelligence qu'on lui avait dispensée. On ne sait guère combien le végétal est sensible à l'action humaine, combien, pour faire jouer supérieurement la sève, mouvement à la verticale, en élévation vers le ciel il faut travailler l'animal, le sang, mouvement à l'horizontale, à la surface de la terre, micro-organismes du sol.

A deux reprises des femmes (encore elles) ces natures finement sensibles aux ambiances, se sont écriées, de passage ici : "c'est un petit paradis" ; c'était au printemps et l'effet du contraste avec les champs environnants et leur basse végétation, ail, haricots verts ; "maison du bon Dieu" n'a pu s'empêcher de dire un homme pas quelconque (question de sensibilité et d'intelligence). Combien sont touchés et restent muets, ce qui ne veut pas dire inactifs intérieurement ?

Voilà qui fait réfléchir sur le retentissement, sur la sensibilité humaine d'une action humaine sur la terre. Pourquoi ces lignes ? Nous l'avons écrit plus haut, pour que ceux de l'avant (ici ceux qui ont pris la responsabilité de perpétuer le message de G. Barbarin) soient aidés, soutenus visiblement et surtout invisi­blement par ceux qui restent en retrait pour répondre à l'ordre des choses, disons à la hiérarchie

           

M.C.

 

 

L'Homme et son oeuvre

 

Chaque homme venu sur la terre a une oeuvre à accomplir et une mission à remplir. Aucun être humain ne peut dire qu'il est inutile et que rien de bon ne peut être fait par lui. Chaque fois qu'une âme vient dans un corps, elle apporte avec elle une mission et

un destin.

Ce destin, elle l'a forgé au cours de ses vies précédentes. C'est pour en effacer les traces qu'elle doit être là, travailler et souffrir car il n'est pas possible que l'homme approche de son Créateur chargé de ses fautes passées, quel que soit le temps depuis lequel elles ont été commises.

Quant à sa mission, elle est celle qu'elle a choisie avant de revenir sur la terre. Les missions les plus humbles ne sont pas les moins nécessaires et chacun de vous peut, à la mesure de ce qui lui a été donné, répandre autour de lui les forces et la sagesse. Les Maîtres ne sont pas tous des Entités supérieures et inaccessibles. Celui qui veut connaître la Vérité peut l'apprendre du plus humble des hommes et c'est pourquoi nous devons être fraternels avec tous et essayer de ressentir avec eux la force qui les habite.

 

Les hommes pensent toujours posséder la vérité.Or elle ne peut être possédée par un humain. Il ne peut en posséder qu'une partie, à la mesure de la grandeur de son âme et de la valeur de son intelligence. C'est pourquoi il est nécessaire d'être à l'écoute de celle des autres. L'homme ne peut dépasser une certaine capacité de vérité mais il peut tendre l'oreille vers ses frères afin d'entendre ce que la leur lui a apportée. C'est en accumulant ce que l'on a accepté de la vérité des autres que l'on peut s'approcher de la vérité totale. Pour le faire, il faut beaucoup d'amour car leur vérité est souvent antagoniste avec la nôtre, sans être pour cela moins importante et moins valable.

 

Nous pouvons donc être chacun les uns pour les autres un guide. Celui-là apportera sa conception du monde qui n'est pas la même pour chacun d'entre nous. L'autre apportera sa conception de l'amour et vous savez combien les conceptions de l'Amour sont différen­tes ! Pour les uns, c'est l'idéal d'un don total sans désir de retour, sans espérance de paiement. Pour les autres, c'est un amour plus restreint, amour pour les siens, pour sa famille, amour pour son pays, pour sa race. Enfin, c'est l'amour de soi-même qui est à la base de tous les amours. Il ne faut pas s'imaginer que nous puissions connaître un amour absolument pur. Cet amour là, qui est celui que répand Dieu sur tout l'Univers, nous ne pouvons le connaître car il y a en nous non seulement de l'égoïsme, mais il y a aussi une sorte de nécessité d'auto-protection qui fait que l'homme ne peut se livrer entièrement au dépouillement de l'amour sans risquer sa vie et même son salut car, dans l'homme d'aujourd'hui, dans l'homme terrestre, l'amour est mêlé aux instincts qui sont les résidus d'une vie animale que l'homme a connue avant de connaître une vie humaine.

Il ne faut jamais oublier que l'homme est un compo­sé hétéroclite d'un corps animal dans lequel une âme divine a été insufflée et c'est pourquoi il est souvent, il est toujours, un champ de bataille entre l'animal qui subsiste en lui, qu'il ne peut toujours dominer, et l'âme qui voudrait, non pas dominer, non pas annihiler l'animal, mais le conduire vers une destinée plus noble et plus heureuse. Cette bataille qui se livre dans les hommes, se livre dans tout l'univers, sur un plan ou sur un autre.

Vous la voyez dans la nature : l'arbre le plus vigoureux, celui dont l'âme végétale est la plus forte, s'élance vers le ciel, car le propre de l'arbre c'est d'avoir ses racines enfoncées dans la terre et de s'étirer de toutes ses forces vers le ciel ; mais à son ombre périssent les plantes qui n'ont pas la même force.

Cette loi qui préside à toute la vie universelle paraît rigoureuse et pourtant elle n'est pas cruelle car, ces plantes, qui pour le moment vont mourir, ne périssent pas en vérité. Elles vont servir à reconsti­tuer un autre arbre qui, à son tour, s'efforcera vers la lumière, qui aura ainsi peut-être la possibilité d'accomplir son destin d'arbre. Il en est ainsi pour l'homme. Ecrasé parfois par la puissance de l'animal qui domine son âme, il se laisse entraîner et construit autour une gangue à travers laquelle elle ne peut se manifester. Et voilà une vie pendant laquelle très peu de progrès seront accomplis I

 

Elle ne sera pas perdue pourtant, parce que nulle vie ne l'est. Les expériences faites, même si elles ne semblent pas toucher profondément l'être humain, sont pourtant la semence de progrès futurs. Il y aura un retour de l'âme dans un nouveau corps. Peut-être qu'à la lumière des expériences dont je viens de parler ce corps

sera t-il moins imperméable, la coque sera-t-elle moins dure et l'âme, moins enfermée, pourra-t-elle surgir à la Lumière. Il en est ainsi dans l'univers, cet univers qui s'efforce vers un accomplissement dont nous n'avons aucune idée mais dont nous pouvons observer les prémices dans notre propre destin.

Accablés par les épreuves, tourmentés par la souffrance nous pouvons y succomber, nous révolter contre elle et admettre que rien ne vaut la peine d'être vécu, de vivre, mais nous pouvons aussi comprendre qu'à travers la peine et les souffrances il nous est possible de conquérir quelque chose : une sérénité et une domi­nation sur nous-même, sur nos sentiments et ainsi nous élever de plus en plus vers cette perfection à laquelle nous n'arriverons sans doute que dans bien des siècles. Il nous faut concevoir l'infini de l'univers qui sans cesse se défait et sans cesse se recrée, pour comprendre que notre périple est loin d'être achevé et qu'il nous faudra encore bien des épreuves, bien des expériences pour comprendre seulement ce qui nous attend et ce qu'obscurément au fond de nous nous espérons.

 

Chacun est engagé sur une longue route ; cette route n'est pas l'unique. A côté d'elle d'autres routes existent ; parfois nous paraissent-elles plus séduisan­tes, moins pénibles, les cailloux nous semblent moins nombreux et les montées plus faciles. Quelquefois, nous laissons la nôtre pour prendre celle de quelqu'un qui vit près de nous. Or cette expérience est difficile, il faut tant d'amour et tant d'abnégation pour épouser le destin d'un autre être qu'il reste exceptionnel que cela soit possible. Alors nous sommes ramenés à notre véritable route, à celle qui nous appartient, à celle qui a été tracée par l'amour de notre guide, de notre ange gardien. Il nous faut la réintégrer après avoir perdu du temps, après avoir essayé de comprendre enfin. Nous reprenons notre chemin et ayant ainsi accompli ce pourquoi nous étions venus, nous allons nous retrouver dans l'invisible toujours prêts à d'autres expériences, les désirant, parce que nous avons une précience de ce qui pourrait nous attendre si nous avions accompli entièrement notre destin.

Ce qui nous attendrait, ce serait la beauté mer­veilleuse d'une vie dégagée de tout regret, non pas la vie divine mais une vie paisible où nous saurions que nous avons fait tout ce qui nous était demandé, où nous aurions ainsi la sérénité des âmes purifiées. Mais ceci n'arrêterait pas notre travail, notre exigence vers quelque chose de toujours plus grand et plus beau. La mission qui nous est confiée fait partie de cette route que nous devons parcourir et il est bon de ne pas être trop exigeant, de ne pas penser que nous sommes des êtres exceptionnels et que, par consé­quent, ce sont des choses exceptionnelles qui nous sont demandées. Ceux à qui ces choses sont proposées sont éprouvés à la mesure de cette exigence. C'est pourquoi, humblement, nous devons accepter notre travail et le faire avec tout notre coeur et ainsi nous préparer cette vie paisible qui nous attend dans l'Invisible où le repos nous sera donné, où parfois une fenêtre s'ouvrira sur un monde que nous ne soupçonnons pas et où règne la lumière dorée des plans de beauté et d'amour.

 

Cette lumière, nous en emporterons le souvenir et, revenant sur la terre, nous la chercherons éper­dument. Nous rencontrerons d'autres êtres ; ou bien ils ne sauront pas que cette lumière existe et nous essaierons de les faire participer à notre éblouis­sement et à notre joie. Sans doute, la plupart d'entre eux ne nous entendront-ils pas ; sans doute, penseront-ils que nous avons rêvé et qu'il n'y a rien de semblable dans aucun coin du monde. Mais dites-vous bien que cela n'a aucune importance. Il ne s'agit pas de conver­tir, de convaincre. Notre mission est de dire notre expérience, d'en tirer les conséquences et de la livrer ainsi à ceux qui sont susceptibles de la comprendre.

 

D'autres ont pour mission de faire pressentir à ceux qui les entourent la véritable valeur de l'amour, cet amour dont on parle tant sur la terre et qui n'est que le masque de sentiments souvent bien peu louables, cet amour qui cache parfois derrière lui un égoïsme forcené qui réduit les êtres en esclavage, une sensua­lité débordante qui les dégrade et tout ce qui est susceptible de rendre le visage de l'amour moins beau et moins pur. Celui qui éprouvera seulement une minute un sentiment d'amour véritable pour un autre être ou bien pour l'humanité, celui-là aura conquis une force extraordinaire et il pourra apporter autour de lui un rayonnement non moins extraordinaire.

 

C'est cette forme d'amour qui trouve dans l'invisi­ble sa meilleure récompense car sur la terre, les êtres, parce qu'ils sont souvent enfermés derrière leur particularisme, refusent l'amour tel qu'il doit être, ils ne le comprennent pas, le rejettent. Mais quelle importance ? Un jour, ils se souviendront et ainsi

vous aurez rempli votre mission et vous connaîtrez dans l'Invisible les prémices de l'Amour divin.

D'autres ont désiré la Connaissance et ont aspiré à recevoir de ceux qui savent des enseignements. Que sont ces enseignements ? Ils peuvent être très simples. Cela dépend de celui qui aspire à eux, mais celui qui a reçu doit absolument donner. Il est impossible de conserver pour soi ce qui vous a été apporté.

Celui qui a "reçu" la mission d'enseigner, enseigner à des âmes qui ne l'entendent pas peut-être, mais un jour dans l'épreuve ces âmes se souviendront, vous ne le saurez pas, mais qu'importe I Quand vous arriverez dans l'Invisible s'ouvrira pour vous une porte étroite derrière laquelle se trouvera davantage encore la

con­naissance susceptible d'apaiser la soif de votre âme.

 

Ne craignez donc point : tous ceux qui ont compris le sens de la vie peuvent aller sur leur route remplir leur mission, ne pas savoir qu'ils l'ont remplie et pourtant trouver dans l'Invisible le rayon de Lumière qui les conduira vers la porte, cette porte qui s'ouvrira  devant eux et derrière laquelle ils trouveront les prémices de l'Amour de Dieu.

Andrée NASCHITZ

 

La solitude dans le monde moderne

 

Chers Amis,

 

Il semble que le temps des vacances qui devrait apporter à chacun la joie et l'équilibre creuse cer­tains problèmes et accuse certaines souffrances.

J'ai reçu ces temps derniers quelques lettres qui étaient un véritable cri de désespoir.

Certains êtres dans le déferlement joyeux des va­canciers se sentaient dramatiquement seuls.

C'est pourquoi j'ai voulu traiter pour vous ce sujet de la solitude dans le monde et essayer de vous proposer un palliatif a cette misère qui n'a jamais été pire.

"Madame, me dit-on, avec qui puis-je partager les joies de mon voyage. Comment ne pas me sentir perdue le soir quand je rentre dans ma chambre ?

Ou bien : Madame a qui puis-je me confier, demander conseil, ma famille ne me comprendrait pas.

Ce cri de certains Amis et de ceux que m'amènent mon travail de psychologue rend pour moi cette rentrée de vacances bouleversante.

Quelle est donc la cause de cette solitude qui ne s'est jamais, au cours de mes trente années de travail spiritualiste exprimée avec tant de forces.

Je crois que la première des raisons est le proces­sus de désagrégation de la famille. Autrefois elle se resserrait en principe autour d'un individu grand-mère, mère, tante qui réunissait autour d'elle grands et petits plusieurs fois par an.

Dans cette réunion des êtres du même sang, du même milieu il était bien rare qu'on ne trouvât pas le con­fident dont on avait besoin.

Jeunes ou vieux avaient ainsi l'occasion de s'épan­cher.

J'ai souvenir d'une certaine maison en Bretagne ou vivait une vieille dame seule mais illuminée par l'attente des vacances ou la maison et le jardin reten­tiraient de rires et de voix joyeuses.

Combien de confidences se sont échangées là et que de coeurs lourds se sont allégés.

Hélas la vieille dame est morte. La maison et le jardin au coeur de la ville ont fait place à un immeu­ble moderne. On y entend les pétarades des motos, le bruit des portières claquées et chacun rentrant harassé du travail ferme sa porte au nez du voisin.

Après dîner on allume la télévision, si l'un des membres de la famille oppressé par un souci ou une peine se risque à dire un petit mot un grognement lui répond "Tais toi laisse nous écouter".

Le dimanche on s'embarque dans la voiture, en famille quelque fois, on roule, on s'arrête. Si on roule toute la famille est préoccupée de "ce vieil imbécile qui n'avance pas" ou de ce "tordu" qui double quand on voudrait le faire soi-même.

Quant aux soucis aux peines des autres on y pensera le lendemain; le dimanche c'est fait pour la détente ; une autre cause c'est l'organisation toujours plus poussée de la vie collective.

Il y a peu d'années encore on trouvait autour de soi un peu de sympathie. Le sourire du boulanger, le mot gentil de la bouchère même si ça ne voulait pas dire grand chose faisait un peu chaud au coeur quand on était malade de solitude.

Maintenant on va au Prisunic on se sert soi-même on fait la queue pour payer.

On n'est plus un être humain mais un chariot roulant et un porte monnaie.

La rapidité de l'évolution de la vie creuse entre les générations un fossé de plus en plus grand et on est souvent à quarante ans plus proche de son collègue de bureau que de son fils de vingt ans.

Que dire des gens âgés à qui les possibilités ne sont point données de se mettre à la page soit parce qu'ils n'ont point de jeunesse autour d'eux soit parce que les jeunes trouvent "qu'ils ne sont vraiment pas marrants". Que dire des femmes seules plus tout à fait jeunes et pas tout à fait vieilles, repoussées par les ménages de leur âge ou trop renfermées en elle-même par déception ou timidité. Mais oui dans ces temps atomiques ça existe la timidité !

Et il y a tous ceux qui en famille pourtant ne peuvent s'exprimer, ne sont point compris et qui ont parfois le coeur si lourd !

Enfin la solitude existe parce que les hommes sont coupés de la nature.

Vous me direz "tout le monde le dimanche se rue hors de la ville, il y a les vacances. Certes mais pour se retrouver sur la route fuyant quoi ?

Soi-même, sa solitude et le vide de son coeur.

Pour se retrouver sur les plages, dans les campings, dans les autocars au coude à coude.

Pourquoi ?

Parce que l'imprimé et l'image nous dispensent chaque jour un peu plus de penser et que l'homme n'a pourtant jamais trouvé de compagnon plus fidèle que lui-même. Il y aurait encore bien d'autres raisons à trouver à notre solitude mais je ne veux pas alourdir ce petit entretien. Je m'arrêterai là en résumant en quelques mots les causes de notre malaise : notre paresse à penser, notre désintéressement des autres notre méconnaissance du grand livre que Dieu ouvre sous les yeux des hommes pour qu'ils apprennent à le connaître et à l'aimer afin de n'être plus jamais seuls. Mais il ne s'agit pas de diagnostiquer une maladie et ses causes il faut essayer de trouver un remède. Bien que le secrétaire et moi répondions volontiers à toutes les lettres que nous recevons des uns et des autres, nous avons lui et moi notre travail et ne pouvons entretenir la correspondance qui serait un palliatif à une solitude trop pénible.

Voulez-vous que nous établissions une nouvelle rubrique la votre. Demandez des correspondants, offrez votre amitié, prodiguez-là.

Soyons des vrais Amis de G. Barbarin en étant tous les amis les uns des autres.

 

Andrée NASCHITZ

 

Science sans conscience

 

 

Lors de son voyage à Fatima, Paul VI déclarait que "l'Humanité n'était pas aussi en progrès sur le plan moral que sur le plan scientifique". Voilà une consta­tation que nous avions faite depuis longtemps et, cer­tainement, les Amis de G. Barbarin seront unanimes à répondre : "notre progrès à nous est plus profondément axé sur le plan moral, car nous savons que c'est le seul qui ne soit pas éphémère et qui apporte une forme de bonheur durable".

Cela va nous conduire au débat suivant : ce désé­quilibre entre les plans "moral" et "scientifique" n'est-il pas la conséquence de la différence entre le "Savoir" et la "Connaissance", entre la Science qui veut "savoir" et l'Esprit qui cherche à "connaître" ?

 

QU'EST-CE QUE LE SAVOIR ?

 

A cette question, nous répondrons par une autre question:

 

QUE PEUT APPORTER LA SCIENCE DE LA MATIERE ?

 

Nous ne devons pas nier que de nets progrès ont été faits dans la connaissance de notre habitat, des consti­tuants de l'atmosphère dans laquelle nous vivons, en un mot de la "matière extérieure". Mais cette Science là qui décompose, analyse, reste toutefois à la surface des choses et tente, à l'aide de ses découvertes, de reconstruire.

C'est ainsi donc qu'opposé à certains avantages, nous allons trouver un inconvénient majeur : cette connaissance est liée à un cerveau mortel qui va s'anéantir avec la mort physique. De ce fait, qu'advien­dra-t-il de toute la peine, de tout le travail que l'homme aura accompli au cours de sa vie terrestre ? Il n'en restera rien puisque le cerveau étant détruit, la connaissance acquise par lui disparaîtra.

 

LE BUT DU SAVOIR.

 

Ce but que recherchent les savants de la "Matière" est d'acquérir une prééminence sur autrui par la con­naissance de secrets matériels. Lorsque ces derniers sont mis à la disposition de l'humanité, il est possible que dans un souci de progrès il y ait là une ébauche de recherche du bonheur.

Pourtant il faut se rendre à l'évidence : le Savoir n'a pas apporté aux hommes le bonheur.

Pourquoi ? Parce que les recherches scientifiques sont limitatives. Si le savoir cérébral s'accroît et avec lui l'intellectualisme, le monde des causes est oublié ne laissant apparaître que celui des effets.

 

QUE DEVIENDRA CELUI QUI " SAIT " MATERIELLEMENT ?

 

Je pose cette question parce qu'elle peut se rattacher aux divers articles sur le Karma et la Réincarnation que nous vous proposons actuellement.

Supposons donc la mort d'un savant qui ne s'est pas aperçu de la vanité de son mode de connaissance. Son cerveau étant détruit, que lui reste-t-il ? Le désir de connaître davantage. Il va donc se trouver sur un nouveau plan où seul son désir va jouer et ainsi il va essayer d'acquérir de nouvelles connaissances afférentes à ce plan.

Ce sera encore malheureusement en vain car le corps astral, quoique plus subtil que le corps physique, n'en est pas moins matériel. De ce fait cette nouvelle forme de savoir sera à son tour une sorte d'appui matériel qui disparaîtra à son tour. C'est pourquoi, malgré ses acquis, tant qu'elle n'élargira pas sa connaissance intérieure et ne cherchera pas à connaître la vie propre qui anime tous les composants de la matière, cette âme s'incarnera à nouveau aussi pauvre de connaissance réelle et avec la même curiosité que lors de sa vie précédente.

 

Y A-T-IL UN COMPROMIS ?

 

Nous parlions ci-dessus de la vanité des connais­sances matérielles. Elles sont vaines en effet car elles excluent l'âme de la Connaissance Réelle. La véritable connaissance doit se situer dans un équilibre entre l'intelligence et l'âme. S'il est bon de savoir que la matière n'est solide qu'en apparence, qu'elle se décompose en particules animées de vie, particules qui elles-mêmes vont se décomposer en électrons, protons, neutrons, il est encore plus valable d'apprendre à connaître la Vie qui anime ces particules car l'analyse toujours plus approfondie des éléments à laquelle se livre la connaissance scientifique, ne fait que reculer le mystère qui ne se livre pas.

 

LA FAILLITE DE LA CONNAISSANCE SCIENTIFIQUE.

 

Le mystère de la Vie ne se découvrira pas à l'intelligence mais au coeur et à l'âme. La Science actuelle n'apporte pas le bonheur aux hommes qui,

remplis de vanité à l'idée des conquêtes des savants, pensent qu'a force de "savoir" ils seront heureux ! Pourtant la faillite de cette espérance est apparue depuis longtemps : malgré les avantages sociaux et matériels de toutes sortes liés à la Science, il n'y a pas plus de bonheur qu'il n'y en a jamais eu. Le bonheur n'est pas créé par le Savoir mais par la Connaissance intérieure des choses, celle qui ne se contente pas des apparences mais qui recherche au delà de la Réalité.

 

L'ABSENCE DE STABILITE CAUSE DU DESEQUILIBRE.

 

Nous savons, par principe, que l'homme veut être heureux. Or, pour cela, il faut une stabilité. Nous voyons aussi que la science seule ne le lui procure pas. Chaque jour tout est remis en question, les découvertes se succèdent et s'amoncellent les unes sur les autres. Devant cela, l'homme est éperdu d'angoisse et le déséquilibre qu'il constate est incompatible avec la sérénité. Seule la Connaissance sera capable de lui donner une force impérieuse qui le conduira vers une recherche toujours plus poussée.

Mais les hommes ont peur, ils se fuient eux-mêmes : peur de l'instabilité, des doutes qui les assaillent. Ils ne veulent pas faire ce retournement nécessaire

qui leur permettrait peu à peu de pénétrer à l'intérieur d'eux-mêmes, de briser la carapace qui les sépare de Dieu. Cette peur ne disparaît pas facilement, car ce sentiment est une force à laquelle vont se mêler d'autres forces qui nous entourent, forces matérielles telles que fracas, publicité, bavardage oiseux, dont il est difficile de se défendre.

 

OU SE SITUE LA CONNAISSANCE ?

De la même façon que le savant recule les barrières du Savoir, de même, si nous voulons acquérir la Connaissance, il nous faut pénétrer de plus en plus en nous-même, là où nous finirons par rencontrer Dieu.

La barrière qui sépare Dieu de l'homme a été construits par l'homme à force d'ignorance, d'entêtement et de stupidité. Dieu ne demande qu'à se livrer à nous, tel le Père indulgent et bon. Il désire entre Lui et les hommes une véritable communion qui leur apportera stabilité et sérénité.

Ainsi donc, au delà de la Réalité, la barrière abolie, il y a une sorte de contact intime avec les êtres et les choses, une pénétration des coeurs et des âmes qui procure un bonheur au delà de tout ce qui peut être imaginé ou dit. C'est un bonheur stable, non sujet à l'envie ou à la haine. Une fois conquis, nous le garderons parce qu'il va au delà des apparences et n'est pas sujet non, plus à la perte ou à la disparition. Il est lié à une part indestructible de l'être et ne peut donc se trouver détruit par quiconque ou quoi que ce soit.

 

ACQUERIR LA CONNAISSANCE, C'EST RETABLIR L'EQUILIBRE

 

Il est certain que nous devrons tous acquérir la Connaissance, même si pour cela nous mettrons des millénaires innombrables. Nul ne retournera à Dieu tant qu'il ne l'aura pas acquise. Il aura pu entasser des expériences scientifiques, repousser la barrière qui le sépare du Divin jusqu'à son extrême limite, s'il se contente du Savoir sans chercher la Connaissance, il n'en aura pas pour autant conquis le Divin !

C'est donc une lutte menée chaque jour qui nous permettra de nous connaître nous-même intérieurement et d'obtenir le fruit de la vérité. Nous ne devons rien écarter comme "non valable", mais bien assimiler tout ce qui se présente, non seulement à notre intelligence mais aussi à notre coeur et à notre âme. Ainsi, nous apprendrons à Savoir et à Connaître.

Il faut donc créer une harmonie, rétablir un équilibre déficient. Le chemin n'est pas à sens unique. La Science n'est pas condamnable, car si, tôt ou tard elle sera conduite à prendre conscience de la vanité de ses connaissances, dans l'immédiat elle est pourtant utile dans la mesure où elle nous aide à connaître ce qui nous entoure, à le comprendre dans l'avenir et à en user dans l'espoir du bien de tous.

Le chemin de la Connaissance nous oblige à avoir recours à la prière, à ce contact direct avec Dieu que Barbarin a voulu rétablir pour ses lecteurs et amis

(cf. "Dieu mon copain"). Par la prière nous pouvons demander la Lumière pour nous et pour autrui, Lumière qui nous guidera et nous mettra à l'abri des curiosités du Savoir, curiosités qui sont le contraire de la spiritualité.

Ce désir de lumière ouvrira notre coeur à la Connaissance. Dieu est resté trop longtemps séparé des hommes. Le constater n'est pas suffisant. Il faut agir et commencer par nous-même afin que l'étincelle divine qui nous habite puisse toucher ceux qui nous approchent. Qu'importe notre nombre, l'éternité est là et le monde est en marche...

 

L. ROYERE

 

 

A propos du Courrier de nos Lecteurs

Nous voulons faire état d'une lettre que nous avons reçue d'un de nos correspondants. Celui-ci nous parle de l'article "Jésus et les Maîtres" qui, dit-il, n'est pas dans l'esprit de Barbarin.

Je pense que notre lecteur a raison dans une cer­taine limite. Pourtant, s'il a lu tous les livres de Barbarin, il s'est aperçu qu'au cours de sa vie d'écri­vain, celui-ci a évolué sur diverses questions. Que serait un penseur qui, au cours de plus de trente ans de vie spirituelle, n'évoluerait pas d'autant plus qu'il est, par son élévation, en contact avec des plans de plus en plus hauts ?

La Sagesse n'est pas statique et elle ne doit pas l'être.

Par ailleurs, le secrétaire et moi (car nous sommes jusqu'ici seuls à assumer la responsabilité du Bulletin) avons une amicale admiration pour Barbarin mais n'avons pas pour autant renié notre personnalité et notre façon de percevoir la vérité.

Parmi les lecteurs, peut-être en est-ils qui partagent nos opinions ?

Tout en restant très respectueux du but de notre Journal, nous pensons qu'il est bon, de temps en temps, d'élargir un peu le débat. Nous comprenons très bien qu'on ne partage pas notre point de vue, mais tout de même nous revendiquons ici une certaine liberté sans laquelle il n'y a pas de travail valable.

Il est normal que nous fassions l'unanimité sur les travaux de Barbarin puisque vous êtes tous ses lecteurs, mais pour le reste, chers Amis, tournez la

page et attendez le prochain Bulletin qui vous donnera toute satisfaction.

 

A.NASCHITZ

 

Au Gui l'An Neuf !

Quand notre bulletin vous parviendra, 1967 sera proche de sa fin et nous serons prêts à accueillir cet an qui pour chacun de nous doit être chargé de promesses.

Nous ne sommes ni les uns ni les autres de ceux qui voient passer le temps avec effroi. Nous avons tous connu, au fil des ans, des joies et des peines, des victoir­es et des défaites et la plupart d'entre nous voient  dans la glace, quand ils s'y regardent, se marquer sur leur visage quelques rides de plus que l'an dernier.

Pourtant notre Ami nous a appris, à la fois par ses livres et par sa vie, que ce n'est pas dans la glace se mesurent la jeunesse et la vieillesse, de même ce n'est pas dans les évènements extérieurs que se mesurent le bonheur ou le malheur. C'est pourquoi il m’est permis, qui que vous soyez et quelles que soient les circonstances présentes de votre vie, de vous dire "Au gui l'An Neuf" et qu'il vous trouve toujours plus jeunes et plus heureux.

Pourquoi pas ? Nous avons en nous une impérissable jeunesse. Celle-ci ne dépend ni du temps, ni des soucis ni même des maladies. Elle est liée à la force de vie qui nous anime, à la part de lumière divine qui est en nous.

Il nous appartient donc, ou bien de nous centrer sur ce qui est périssable, de nous attacher à notre forme extérieure, à une usure qui se manifeste dans certains de nos organes, ou bien de l'oublier nous-mêmes et de le faire oublier aux autres. Comment cela me direz-vous ? Mes cheveux blanchissent, je dois porter des lunettes et m'asseoir pour nouer mes souliers. Sans doute cela est vrai.

 

N'avez-vous jamais rencontré des êtres devant lesquels personne ne s'interrogeait, ne se demandait "quel âge a-t-il" et qui, cheveux blancs ou non, ne manifestaient, au long des ans, ni tristesse, ni découragement, ni amertume ? J'en ai connu quelques uns et tous m'ont apporté un bien très précieux : la possibilité de me libérer du temps.

Si nous relisons les oeuvres de Barbarin, surtout les dernières, nous voyons à quel point il s'était lui-même libéré du temps. "La Vie commence à cinquante ans". Quelle erreur, a-t-il pensé par la suite ! La Vie ne commence ni ne finit. Elle coule comme un fleuve tranquille, suivant sa route, et ce que nous pensons d'elle ne l'affecte en rien.

C'est nous qui sommes transformés par l'idée que nous en avons. Si nous pensons qu'elle est un mal, elle devient ce mal et elle ne nous marque profondément que si nous acceptons que nous sommes cela qui est périssable.

J'ai connu notre Ami il avait près de soixante dix ans et j'étais sa cadette de bien des années. Pourtant, nos joutes intellectuelles fréquentes et joyeuses m'ont souvent laissée K.O. tant il mettait d'ardeur à exposer ses idées et tant était grand son désir de comprendre pleinement les miennes. Quand après ces escarmouches nous nous regardions en souriant, une jeunesse impéris­sable brillait en ses yeux.

Je l'ai connu au plus noir de son chagrin, après la mort de sa compagne. La jeunesse n'est pas indif­férence au contraire, et quand on a déjà beaucoup vécu, on comprend mieux aussi la valeur de ce qu’on perd. J'ai pu l'aider à cette époque par mes convictions, semblables aux siennes du reste mais que, dans certai­nes circonstances, on aime entendre affirmer par un ami... Pour moi, la mort n'existe pas et j'ai la preuve que notre survie maintient tout ce que notre être a de meilleur : notre amour pour ceux qui nous ont accompa­gnés sur la route, notre amour pour tout ce qui vaut la peine de vivre : la Lumière, la Beauté et la Vérité.

Puis je l'ai vu surgir peu à peu de sa peine et se reprendre à travailler et à vivre avec la même lueur de jeunesse indestructible dans ses yeux. Il puisait dans son amour de la nature, dans son contact avec la terre qu'il aimait la certitude heureuse de la permanen­ce de la vie à travers les transformations saisonnières.

Les années passaient pourtant. Chaque fois que nous nous retrouvions nous avions le même bonheur à confron­ter nos idées, nos opinions, les transformations que la vie apportait à nos âmes. Son appétit de travail était insatiable et sa sagesse grandissait sans l'assombrir ; il était toujours droit et alerte et si parfois ses reins lui faisaient mal il niait le mal et continuait à cultiver son jardin.

Il savait et aimait rire ; détaché de la nourriture, il aimait réunir ses amis autour de sa table et sa courtoisie, sa gentillesse faisaient de ces jours là un jour de fête. Parfois dans ses yeux luisait la malice d'un enfant et je pense qu'il estimait jouer un bon tour au temps puisqu'il était toujours là, tou­jours le même, essayant d'apporter toujours plus de cer­titudes et toujours plus de réconfort à ceux qui s'adres­saient à lui. Beaucoup d'entre vous savent qu'il n'a jamais laissé, une lettre sans réponse sauf si elles devaient conduire à une controverse stérile.

Il mettait tout son coeur à comprendre chacun et c'est pour cela que son coeur est resté jeune. Je l'ai vu un mois avant sa mort et l'ai trouvé égal à lui-même, pressé de travailler, sachant qu'il avait encore quelque chose à dire, quelque chose à apporter à ceux qui, pen­dant sa vie, sa longue carrière de philosophe, l'avaient suivi. Et il est mort, me direz-vous ! Eh oui !

Quant la bêche dont il se servait avec tant de joie était usée, il en changeait et restait lui-même. Le corps par lequel il s'est manifesté pendant quatre vingt trois ans était usé : il l'a abandonné. Mais quelques uns d'entre vous m'ont écrit qu'à certains . moments difficiles, ils l'avaient senti près d'eux. Mon mari, mort peu de temps après lui, ne cessait d'affirmer pendant ses derniers jours qu'il le voyait et qu'il était présent pour l'aider.

 

Personnellement je sais qu'ayant abandonné ce corps qui l'alourdissait, il vit dans un monde où son amour. des hommes peut d'autant mieux se satisfaire qu'il ne s'adresse plus à leur intellect, souvent rétif et incompréhensif, mais à leur âme qui est soeur de la sienne. Il a retrouvé son pays, là où le temps perd sa valeur et où la jeunesse est éternelle.

L'exemple d'une telle vie et les expériences de ma propre vie me permettent de vous dire "Au Gui l'An Neuf". Que l'an neuf, au lieu de vous plier aux attentes du temps vous apporte la certitude d'une jeunesse et d'un bonheur qui ne dépendent pas de lui. On ne vieillit en vérité que si on l'accepte, et on L'accepte dès qu'on se retranche de la vie. Quand nous pensons qu'au­trefois, que l'an dernier, tout était mieux qu'aujourd'hui, nous nous retranchons.

La vie est essentiellement mouvante et si nous voulons garder notre jeunesse, c'est en avant qu'il faut regarder. Certes, il y a dans le monde d'aujourd'hui des outrances, des folles, mais nous qui savons ne pouvons nous penser sereinement que tout cela passera et que resteront uniquement les choses qui peuvent servir l'homme dans son évolution ?

Certes, les transformations sont plus rapides qu'elles ne le furent jamais. Mais elles ne sont pas les premières. Pouvons-nous imaginer celles que causèrent par exemple l'invention de la roue et les possibi­lités immenses qui furent alors ouvertes à l'homme ? Il y en a bien eu à cette époque qui ont pensé que le portage sur le dos valait mieux. Ils étaient les vieillards de ce temps, ils se retranchaient de la vie qui est en marche vers quelque chose que nous pres­sentons mais que nous ne connaissons pas. Je pense qu'il est facile d'accepter les transformations du monde quand, ayant vécu, nous avons compris la relati­vité de toutes les choses matérielles et la pérennité des choses de l'esprit.

 

L'amour de la vie, de toute la vie, de ses lumiè­res et de ses ombres, de ses joies et de ses douleurs, est assurément la certitude pour nous de rester jeunes jusqu'à l'ultime jour de notre vie et, si je vous souhaite aujourd'hui la jeunesse de préférence à autre chose, c'est parce qu'à mon avis elle est génératrice de biens innombrables, de la santé par l'optimisme, de l'efficacité par le dynamisme, de la confiance, de l'allégresse, de l'ouverture d'esprit, du désir de connaître, de l'adaptabilité, toutes choses qui ne peuvent que contribuer au bonheur durable de l'homme.

 

Au gui l'an neuf ! Le Gui n'était-il pas symbole d'immortalité chez les Gaulois ?

 

A.NASCHITZ

 

 

La carence spirituelle du monde et ses conséquences .

 

La France aujourd'hui s'effare d'être contaminée par l'habitude anglo-saxonne de la drogue. Certes, on s'est toujours drogué et ce, depuis toujours et dans tous les pays du monde. Pendant longtemps, et aujourd'hui  encore dans certains peuples dits "primitifs", la drogue faisait partie des rites religieux et permettait un dégagement de l'âme qui pénétrait ainsi dans un monde qui n'était plus matériel. Dans le reste du monde les prix prohibitifs de la drogue la réservaient à un milieu riche et désœuvré et des barrières morales s'élevaient contre son usage.

Quand le français succombait sous les ennuis - et il a eu depuis bien des années beaucoup d'occasions de le faire -, c'était à l'alcool qu'il demandait l'oubli. Combien ont ainsi noyé dans le vin le souci des affaires et les ennuis du ménage. En somme, chez nous, c'était l'oubli des difficultés passagères que l'on cherchait.

Puis la chimie ayant fait de foudroyants progrès, l'existence devenant de plus en plus décevante et haras­sante, l'ère des pilules s'est instaurée. Il y en a de toutes sortes : les unes servent à se doper, les autres à se calmer et il arrive qu'on use alternativement des deux, déréglant sans merci le système nerveux. On recherche, lors des accidents de la route, l'alcool dans l'ha­leine et le sang des chauffeurs. Mais a-t-on pensé aux excitants et calmants utilisés successivement qui affo­lent les réflexes et obnubilent l'esprit. ?

On ne cherche plus l'oubli d'ennuis passagers mais la possibilité de stimulation physique ou intellectuelle.

Comme ces stimulants finissent par rendre insomniaques leurs fidèles, ceux-ci demandent aux calmants de leur faire retrouver le sommeil, et le cercle infernal s'installe ! Il conduit presque sûrement à la dépression nerveuse, aux troubles mentaux passagers ou définitifs. Là, nous savons quoi incriminer.

La faculté d'assimilation de l'homme est insuffisan­te pour absorber les changements trop rapides de la vie actuelle. Il faudra plusieurs générations pour que les nerfs puissent s'y habituer. Pourtant, on voit poindre chez certains enfants un durcissement de la sensibilité, une robustesse nerveuse qui fait présager que l'adapta­tion est en voie de se réaliser et que la merveilleuse plasticité de l'homme jouera là comme elle l'a fait tout au long de son évolution. Un jour viendra où sans alcool, sans pilule, il se sentira chez lui sur la terre telle qu'elle est devenue.

Mais actuellement un autre problème se pose et qui concerne également les conditions de vie qui sont faites à l'homme d'aujourd'hui. Depuis des années déjà en Amérique et depuis moins longtemps en Europe, nombre d'adolescents fument la marijuana. Ceci ne correspond plus à un besoin physique, cette drogue n'étant ni dopante ni calmante. Que recherchent donc ces centaines de milliers d'adolescents? Quelle insatisfaction est en eux qui les fait aboutir à ce geste dont la conséquen­ce - et ils le savent - est un détraquement mental plus ou moins rapide, une diminution intellectuelle et un affaiblissement de la volonté ?

Il faut d'abord nous poser la question suivante : "Quel est le pays qui a été touché en premier et où ce besoin de la drogue s'est répandu le plus généralement ?". C'est sans aucun doute l'Amérique, la riche Amérique où le "way of live" est le plus facile et où l'effort deman­dé aux jeunes est le moins pénible, le pays où le souci premier de chaque homme, de chaque femme est de "faire de l'argent" d'une façon quelconque et vite si possible, bref un pays où règne le matérialisme, où l'effort est tourné entièrement vers le profit personnel. Dans ce cadre étouffant, que cherche donc la jeunesse ?

Je me le suis demandé bien souvent, au hasard des nombreux articles que j'ai lu dans la presse ; puis, au cours des vacances, j'ai eu l'occasion de rencontrer

une jeune fille faisant partie de ce groupe des "Hippies" de Los Angeles, berceau du mouvement. Evidemment, j'avais déjà compris bien des choses : le dégoût d'une jeunesse sans aspirations élevées à qui aucun autre idéal n'est proposé que la chasse à l'argent, la réprobation vis-à-vis des générations précédentes qui n'ayant pu, ou voulu, éviter deux guerres affreuses en entretiennent une troi­sième dont ils soupçonnent les conséquences économiques, donc matérielle, la peur, fût-elle inconsciente, devant la menace atomique, mais ce que je n'avais pas compris c'est qu'il y avait là un probable retour vers les an­ciens rites religieux qui s'accompagnaient de l'absorp­tion des champignons hallucinogènes.

Puisque ce monde est définitivement mauvais, puisqu'on n'y trouve plus rien d'exaltant, pourquoi ne pas essayer de savoir si un autre monde n'existait pas, s'il n'y a pas d'évasion possible de l'ambiance abomina­ble dans laquelle vivent les hommes d'aujourd'hui ? On a découvert d'abord le L.S.D. puis d'autres drogues du même genre. Quels en sont les effets ? C'est ce que j'ai demandé à ma jeune voisine de plage et voici sa réponse : "elle nous rend plus pacifiques, plus compré­hensifs, plus fraternels". En un mot, de cet usage de la drogue est en train de naître une nouvelle musique, un nouvel art plastique. Ce que cela vaut, je n'en sais rien et ne me permettrai pas de juger.

Il faut bien dire aussi qu'à l'exemple de tout mouvement révolutionnaire, il y a parmi les hippies des purs et les autres. J'avais certainement à faire à un membre de la première catégorie car mon interlocutrice a ajouté ceci : "j'ai pris de la mescaline une fois, mais je ne recommencerai plus car j'ai le sentiment de faire par là irruption dans un monde auquel je n'ai pas droit". Ne voilà-t-il pas la cause des déséquilibres constatés chez certains usagers de la drogue alors que d'autres en sont indemnes ? En effet, si j'en crois la "relation" des étapes du "voyage" accompli, on peut les apparenter aux visions des mystiques. Or, ceux-ci, avant de les obtenir, se soumettent à une ascèse très stricte, se dépouillent peu à peu d'une grande part de la matérialité de leur être, de sorte que passant dans ce monde interdit à la généralité des humains, ils s'y harmoni­sent parfaitement.

Là, je comprends très bien la chose. En effet, si je n'ai pas essayé la drogue, j'ai fait il y a un cer­tain nombre d'années une expérience qui s'y apparentait. Un docteur italien, médecin chef de l'hôpital d'Udine, a écrit il y a une trentaine d'années plusieurs livres non traduits en français. Il y relatait des expériences faites par lui au cours desquelles il avait déterminé certaines zones de la peau qui, dûment excitées, permettaient des phénomènes extraordinaires : le dédoublement, la vision à distance, bref, à volonté, toutes les expériences psychiques faites soit par des médiums soit par des mystiques. Un groupe d'amis et moi-même avions décidé de nous livrer à ces expériences relatées très sommairement du reste dans un des livres du docteur Leprince. J'en étais le sujet, et ce fut bouleversant pour mes amis et pour moi. Mais, saisie du même scrupule que ma jeune interlocutrice et dans les mêmes termes, j'ai décidé de cesser ces expériences au grand regret de ceux qui faisaient partie de notre groupe. Je sentais que mon équilibre était en danger et qu'hélas je n'étais pas digne de cette évasion.

Qu'est donc ce besoin qu'ont les hommes de s'évader de leur corps, hors de leur temps ? Ne voudraient-ils pas réagir par là contre un monde dont la morale, l'absence d'idéal les laissent insatisfaits et que la science dépouille pour l'instant de toute espérance ? Cette recherche n'est-elle pas l'exutoire d'un monde sans foi et sans Dieu où l'homme doit se créer par des moyens contestables et dangereux où s'oublient les menaces de destruction, les tueries scientifiques et la perspective de devenir des robots au service d'idéolo­gies antagonistes et incontrôlables.

Si la société telle qu'elle est aujourd'hui oblige la jeunesse à des recherches aussi périlleuses, c'est qu'il y a quelque chose qui cloche en elle et il faut la réformer. Qu'on n'attende pas de moi que je dise les moyens de le faire. Je puis seulement, à la mesure où cela m'est possible, faire un barrage contre des forces de violence et d'avidité créées par les hommes. Je peux inviter tous ceux qui partagent nos idées de se joindre à moi dans ce travail. Je suis sûre que celui qui a été à l'origine de la création de ce bulletin y apporte aussi toute sa force et tout son pouvoir.

Sur la terre, dans ce monde de la dualité, toute chose a deux faces : une blanche et une noire. Le malheur est que l'amour du lucre porte toujours les hommes à en exploiter le côté noir et c'est peut-être ce penchant abominable qui conduira l'humanité à sa perte. Je ne veux pas à mon tour exploiter ce côté noir. A travers toutes ses vicissitudes, l'Humanité avance et j'ai la foi absolue qu'elle ne s'arrêtera pas. C'était cette certitude qui nous rendait, notre Ami et moi, sereins et apaisés.

 

Andrée NASCHITZ

Chers Amis,

 

Pour vos étrennes et puisque Barbarin s'était fixé dans le Sud-Est et que la Société des Amis est en Provence, j'ai demandé à mon amie Marie Mauron, célèbre écrivain provençal, de bien vouloir nous parler de Noël à sa façon, c'est-à-dire suivant les traditions du pays que nous aimons tant toutes les deux.

Puissent ces lignes, hélas un peu courtes à mon point de vue, vous apporter autant de joie que j'en ai eu moi-même à vous les faire connaître.

 

Andrée NASCHITZ

 

 Faire la crèche, c'est prier

 

Non, ce n'est pas à vrai dire un acte de foi que de faire, à Noël, sa crèche, mais un acte d'amour, et d'amour familial, car ces santons que vous démaillotez au sortir de la caisse où ils ont dormi onze mois, ce sont des parents, des amis qui, fidèles, reviennent faire fête avec vous. Plaisir de les revoir, de leur sourire, de leur rendre leur place sur la crédence où, pour vous seul au milieu de qui vous aimez, vous avez dressé Bethléem.

Je dis seul - bien qu'accompagné - car chacun se sent seul dans cette sorte de prière qu'il adresse secrètement, dans son coeur, à chaque santon.

Quant à moi, pour être secrète, ma prière en faisant la crèche sur le pétrin lustré par la cire de mes Ancien non, je ne suis plus seule à la dire, démaillotant chaque santon de ma famille en argile coloriée. Ma litanie s'est enrichie de celles d'amis, santonniers, poètes, vivants ou déjà morts et, par là, plus vivants. Ils m'ont confié leurs souhaits à propos de chaque petite figurine qui sont les miennes. Je les ai joints à mes propres souhaits et cela fait, au plus beau moment de Noël, celui où l'on construit sa crèche, un bouquet de prières silencieuses qui n'en forment plus qu'une, celle nombreuse et chaude, de l'amitié que ravive l'amour immense du pays.

 

Dieu de Nazareth et de Saint François,

Faites nous philosophes comme le Pêcheur,

Insouciants comme le Tambourinaire,

Joyeux de découvrir la beauté du monde comme le Ravi,

Patients comme la fileuse,

Assez forts pour rire à la pauvreté comme les gitans,

Braves comme l'Âne

Persévérants comme le Boeuf,

Donnez-nous le goût des choses de la terre comme au Berger

Faites que, pareils aux santons, nous nous sentions

pétris de cette terre - de cette terre autant qu'il

se peut sans défaut - mais avec le reflet du ciel

sur le visage,

Donnez nous la chanson du Meunier,

La science des Rois Mages,

La douceur de l'Agneau,

Celle de la Bergère,

La fantaisie rocassière de la Chevraille,

La conscience droite du Chien,

La bonté du pain,

La saine saveur du sel de la mer,

La bonne humeur du vin cuit,

La flamme de la fascine,

L'espoir qui bourgeonne au cep mort,

La vertu de l'ail,

Celle de la sauge que Marie aima,

La pureté de l'huile.

 

Gardez-nous, vivante, la fleur d'amitié,

Par dessus tout, riez à la Provence, à ses santons, à ses santonniers, ses poètes.

Que devant la crèche de l'année prochaine, amis, nous ne soyons pas moins !

 

A M E N !

 

Marie MAURON.

 

Sur les traces de Georges BARBARIN

 

Après avoir médité sur l'oeuvre de Georges Barbarin, j'ai jeté sur le papier ces quelques réflexions :

 

Notre relation à autrui oscille entre deux limites : la concurrence vitale et l'amour spirituel. Celui-ci est moins un rapport entre deux natures subsistantes qu'entre deux consciences qui ont à se faire l'une par l'autre.

On a toujours foi en une présence et la relation intersubjective est présence réciproque. C'est cette présence réciproque qui donne à deux êtres humains le pouvoir d'acquérir l'un par l'autre ce qu'ils n'ont pas encore. Cette influence est bénéfique, pourvu qu'elle reste discrète et pudique, car elle rompt le narcissisme et la solitude des âmes ; elle est une découverte de son être propre au contact d'un autre être. C'est en communi­quant avec un ami intime qu'on devient tout à fait intime avec soi-même, et cette communion n'est possible que par la présence en chacun d'un principe supérieur, de l'Etre qui est la valeur absolue et la source de toute valeur. La foi philosophique et spirituelle nous fait découvrir la personne d'autrui ;

le désintéressement et la discrétion nous font communiquer avec lui ;

l'amour enfin nous dit qui il est.

L'union des consciences passe par Dieu qui est la communication même. A mesure que nous nous spirituali­sons davantage, nous découvrons mieux que l'Etre qui est notre source a nom "Dieu". On ne prouve guère Dieu car ce serait en faire un objet ; on établit seulement que nous croyons en Lui, que nous avons foi en Lui. La foi est participation à l'acte pur. L'acte de foi est en effet l'acte pur et suprême. Par l'acte de foi nous nous dépouillons de tout ce qui est sensible. Entre la foi et l'esprit, il y a une sorte de consubstantialité. L'esprit est ce qui ne peut être jamais objet de constatation ou de preuve.

Dieu est esprit et la foi, comme la grâce, est Dieu présent à la conscience. Le mal consiste à nous détourner de Dieu pour nous replier sur nous-mêmes à la manière  de Narcisse : c'est une faute d'attention à Dieu. Et la véritable prière est attention à Dieu.

Se convertir, c'est cesser de se divertir, c'est passer d'une vie dont le Moi est le centre à une autre dont Dieu est le centre. La marque de cette conversion spirituelle est qu'elle donne la joie qui est plus que le bonheur : "Dieu est présent, et la joie est sans bornes", dit Bergson.

La vraie sagesse est par là devenue science de la  vie spirituelle. La présence est en définitive une dialectique de la réceptivité et de l'activité, de l'acte et de l'accueil, car, être présent, c'est savoir accueillir Dieu.

 

A.F. BAILLOT.

 

L'Ordonnancement des effets et des causes

 

Notre Présidente me dit que certains d'entre vous lui reprochent de ne pas se contenter d'analyser et de commenter les livres de Georges BARBARIN.

Comme si c'était trahir la pensée de notre Ami que de rechercher justement, au-delà de son oeuvre, tout ce lui peut servir à notre enseignement ! D'ailleurs, cette oeuvre, par sa clarté et sa simplicité ne se prête pas à l'exégèse. Je peux vous dire, en me référant aux nombreuses conversations qui m'ont rendu très familière  de sa pensée, que Georges eut été très heureux que nous fassions un tremplin de sa philosophie pour essayer d'accéder à la Sagesse. Il lui aurait peu importé que cette sagesse soit exactement la sienne. Ce qui lui eût paru essentiel, est qu'elle soit pratiquement la nôtre.

 

Ceci dit, et dans cet esprit, je dédie ces quelques lignes aux amis que vous êtes :

 

Les hommes pensent généralement qu'il existe une Fatalité du mal, mais il leur vient rarement à l'idée qu'il puisse exister une fatalité du bien. Le Cosmos n'est pas livré aux hasards du chaos. En réalité, il y a des règles, il y a la LOI, un merveilleux ordonnancement des effets et des causes qui forme l’harmonie transcendante de l’univers.

Il y a l'intelligence pure qui est inaccessible aux êtres de la Terre parce qu'ils sont réceptacles infimes de l'Esprit. Et la vie leur est donnée avec cette possibilité d'être ou de ne pas être des récep­tacles, des reflets de la lumière céleste. Ils sont LIBRES d'accepter ou de refuser cette fonction. Des ressorts invisibles agissent en eux pour les déterminer à cette acceptation. C'est pourquoi nous ne sommes jamais abandonnés et tant qu'il y a de la vie, l'évo­lution fait confiance à cette vie.

La puissance infinie en sa justice immanente, inaccessible à notre compréhension et à notre jugement, apprécie, estime, pèse nos plus infimes réflexes et les enregistre. Sa justice transcendante est infaillible et bonne. Elle ne punit pas (la hache ne tombe pas sur le fils d'Abraham).

Ce sont les êtres qui se punissent eux-mêmes par leur refus. Il est fatal que celui qui maintient sa tête dans la boue manque d'oxygène et que son horizon soit borné d'angoisse. Si une main secourable lui frappe sur l'épaule, si une voix lui conseille de se redresser et de regarder vers la lumière, il peut entendre, écouter et suivre ce conseil, être ensuite reconnaissant et avoir ainsi la première lueur d'intelligence spirituelle qui est celle de la gratitude. Il peut recevoir ainsi la première joie, comprendre ce premier sourire du monde qui ouvre l'âme.

Il peut aussi repousser la main secourable, la mépriser, l'ignorer ou la mordre. Il est libre de plonger plus bas encore dans la boue des ténèbres, de s'aigrir davantage, de se révolter davantage contre l'injustice qui laisse subsister les malheureux dans leur néant. Mais l'intelligence suprême qui agit patiemment, sélectionne pour l'évolution et jamais ne se trompe. Elle a donné à chaque être vivant, par un baptême de l'âme, cette parcelle infinitésimale d'Esprit qui est le sel de la vie AVEC LA LIBERTE DE LA DETRUIRE OU DE LA FECONDER.

C'est, bien entendu, une conception schématique exprimée au niveau tri-dimensionnel de la terre ; mais c'est la base même des conceptions exhaustives qui conduisent vers les autres vérités. La faute, l'erreur, le péché contre l'Esprit, ce sont les yeux fermés, le refus de la lumière donnée, le choix de la boue. Pourtant, à partir de l'instant où l'être désire la lumière, tourne ses regards vers sa propre altitude, son intelligence spirituelle s'éveille et grandit. Elle lui permet aussitôt de dominer son horizon inté­rieur et d'obtenir la preuve, la démonstration expéri­mentale de la vérité que les aveugles jamais

n'obtien­dront ni ne pourront imaginer.

Ceux-là iront alors joyeusement d'une évidence à l'autre car la vérité est expansive et son envergure a des progressions infinies au-delà de l'échelle terrestre. Mais c'est au jour le jour que nous devons vivre cette vérité. A quoi servirait la Sagesse si elle n'était pas utilisable, transposable, dans la pratique même de la vie ? Ce serait seulement une sagesse abstraite, théorique, sans aucune valeur abso­lue, une sagesse morte.

Or, ce qui compte essentiellement, c'est la réalité, la présence et la démonstration effective de la vérité. Tout est sagesse ou rien n'est sagesse. La Paix réelle est en notre coeur et y reste ou elle est de passage en nous, fortuitement et nous ne connaissons alors qu'une relativité de la quiétude.

Tel est le message que nous a livré Georges BARBARIN. Le bulletin des amis nous le rappelle en chacun de ses numéros, sous des formes multiples et sert ainsi, en cela même, la mémoire de notre cher disparu.

Pour resserrer les liens qui nous unissent autour d'une même appartenance spirituelle, je suggère que des colloques naissent entre nous.

Pour donner l'exemple, et au titre d'une expérience. qui sera développée si elle apparaît féconde, je prie ceux d'entre vous qui attachent une certaine importance au fait de COMMUNIQUER, de m'écrire personnellement, à l'adresse du Bulletin des Amis, sur le sujet qui leur est essentiel.

 

Georges ROUX.

 

 

 

LE MOT DE LA PRÉSIDENTE

Nous avons reçu la lettre suivante d'une amie de Paris :

 

"Avec quelle joie nous retrouvons notre bulletin ! C'est un lien entre nous pour ceux qu'accable la soli­tude. La période des vacances est cruelle pour ceux qui sont seuls. La famille, les amis, les voisins sont par­tis, on est seul cherchant en vain quelques occupations. Aussi ai-je lu et relu les lignes que vous consacrez à ce sujet dans le dernier bulletin.

A la question que vous posez "voulez-vous que nous établissions une nouvelle rubrique : demandez des cor­respondants", je réponds oui.

Dès aujourd'hui j'exprime le souhait de trouver un ou plusieurs correspondants ou correspondantes, de préférence habitant Paris ou la région parisienne pour que nous puissions nous réunir parfois".

 

Je vous signale également que j'ai l'intention de me rendre moi-même à Paris au début de l'an prochain et que je pourrais prendre contact avec ceux qui le désire­raient. Qui sait, nous pourrions peut-être créer un petit groupe des Amis lors de mon passage. Que ceux que cela intéresse m'écrivent et me donnent leur adresse afin que je puisse me mettre en rapport avec eux dès que je saurai la date de ce voyage, en me disant l'heure la plus favorable à cette rencontre.

Nous pourrions, par exemple, nous rencontrer le dimanche après-midi à la Maison des Spirites où nous écouterions une conférence et où nous serions, j'en suis sûre, accueillis fraternellement, et vous trouveriez peut-être là un centre d'intérêts qui comblerait votre solitude, puisque la Maison des Spiri­tes se fait la propagandiste des idées de notre Ami.

 

Chers amis, je ne terminerai pas ce petit mot sans vous souhaiter, non plus en tant que Présidente mais en tant qu'Amie, une bonne et fructueuse année sur le plan spirituel et sur tous les plans. Que la force qui vous habite se découvre en vous chaque jour davantage afin que vous y trouviez à la fois l'harmonie et la joie.

 

La Présidente.

 

 

 

 

 

 

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15/10/2008