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LES AMIS DE GEORGES BARBARIN

POÉSIES

L ' I N V I S I B L E  

Il est là chaque soir derrière mon épaule
Ombre de mort tapie dans l'ombre du vivant; 
Dans les champs de l' esprit sa présence me frôle
Et ce contact est doux et jamais décevant.

Il est là et, muet, il me parle quand même.
Il n'a pas d'yeux, il voit; pas d'oreille, il entend.
Il ne dit pas je hais. Il dit sans cesse: J 'AIME.
Il traverse la chair et l'espace et le temps.

Il sait. Il n'attend plus dans l'angoisse et le doute.
Il connait. Il comprend. Il va dans l'avenir.
Il marche et, d'un pas sûr, il accomplit  la route
Car il espère enfin dans ce qui va venir. 
Il défriche pour moi ma conscience obscure,
Met à nu sous mes yeux le vice  humiliant.
Entre le mal et moi il penche sa figure.
Il est l'AMI caché, fort et conciliant.
O prophète des nuits, pur esprit de mes veilles,
De l'Inconnu divin écho mystérieux,
Dont le souffle léger frémit à mes oreilles
Et dont l'effort subtil hésite sur mes yeux.
Pour me guider ainsi es-tu mon fils, mon père?
Un de ceux que j'aimais dans le recul du temps?
Qu'importe!  je te sens mon compagnon, mon frère,
Et je repose en Toi ma faiblesse d'enfant.
Pour m'approcher un jour de la flamme de vie,
Le manteau de la chair de mon épaule ôté,
Quand m'éveilleras-tu dans tes bras, rude ami,
     O mort, ô liberté!
GEORGES BARBARIN

L A   M O R T    D U   JA R D I N

 Le cher jardin vêtu de fleurs  et de feuillage
Se dépouille au milieu d'octobre frisson
nant
Et, sous l'âpre baiser de l'automne sauvage,
Je le  vois chaque jour s'effeuiller lentement

Qui nous dira jamais cette douleur des choses
Et quel langage humain saura la  consoler?
Oh! le divin sanglot qui monterait des roses
Si les fleurs en mourant pouvaient aussi pleurer.

Mais de leurs désespoirs, de leurs peines secrètes
Rien ne vient jusqu'à nous car nous n'entendons pas.
Leurs lèvres de satin restent toujours muettes
Et, sans plainte et sans bruit, les fleurs meurent tout bas.

Abri mystérieux de mon ombreuse allée,
Nul tapis retombant n'orne plus tes rameaux
La splendeur de l'été déjà s'en est allée
Vers des pays plus doux et vers des cieux plus beaux.

Les arbres sont courbés sous le ciel immobile
Comme des géants las qui sommeillent debout.
Le lac est sans frissons et son onde tranquille
Baise timidement le bord des gazons roux

Le sol n'est que débris et que tristes jonchées;
Le dernier des beaux jours par l'hiver est vaincu
Et sous l'épais manteau des feuilles
desséchées,
Comme un rêve d'amour le jardin a vécu.

  GEORGES BARBARIN

L A   B E A U T E

       La beauté c'est de la matière
       Et de l'esprit entremêlés.
       Pour avoir la beauté première
        Il faut des sens immaculés

      La beauté, c'est une manière
      De cristalliser le bonheur .
      La beauté pour restée entière
      Exige des yeux près du coeur

      La beauté, c'est une prière
      Qu'on fait sans s'en apercevoir.
      La beauté, c'est une lumière
      Qu'on peut regarder sans la voir.

      La beauté, c'est une volière
      Ou chantent des oiseaux heureux
      La beauté s'est une chaudière
      Où cuisent les désirs peureux

      La Beauté, c'est une chimère
      Et pourtant une verité.
      La beauté, c'est la poussière
      Et pourtant de l'éternité.

 GEORGES BARBARIN  

 

L  A     F  E  M  M  E

Avec un peu de sang, d'os, de chair assemblés,

D'ivoire il fit ces dents, d'émail son teint de lait,
 Sa bouche d'une fleur teinte du sang des mures.
 Il pétrit son regard éclatant ou voilé,
 D'orgueil et de limon, de lumière et d'eau pure.

De granit et de miel il composa son coeur,
 Mit à son front la divine candeur
 Et comme il y manquait l'étincelle de vie,

Pour achever enfin son oeuvre de beauté,
Dieu versa lentement sur sa fragilité
 Cette émanation d'en haut : la Poésie

  GEORGES BARBARIN

 

 

 

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15/10/2008